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Revue TELECOM 182 - Engagez-vous, rengagez-vous au service d'une armée française de haute technologie

Articles Revue TELECOM

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15/10/2016

 
ENGAGEZ-VOUS,

RENGAGEZ-VOUS

AU SERVICE D'UNE ARMÉE

   FRANCAISE DE HAUTE

         TECHNOLOGIE

 

Par Patricia Adam dans la revue TELECOM n° 182


La supériorité opérationnelle requiert pour nos forces armées de disposer du meilleur niveau de la technologie. Même si cela n’est pas suffisant pour gagner la paix, cela est dorénavant nécessaire pour gagner la guerre.


La défense est l’outil par excellence de l’indépendance et de la souveraineté nationale. La défense est un secteur d’excellence en matière de haute technologie, ce qui justifie le soutien de la R&D. Il est donc essentiel que la France et l’Europe conservent une expertise en R&D, notamment pour les technologies critiques, qui se caractérisent par l’absence de solution technique alternative et un nombre restreint d’acteurs qui la maîtrisent, ou par leur intégration dans plusieurs systèmes de défense.

Il en va ainsi de certains composants comme les circuits numériques de pointe, dont il convient de préserver la capacité de fonderie en Europe afin de ne pas dépendre du bon vouloir de fournisseurs américains ou asiatiques. C’est pourquoi la Commission européenne veut prochainement mettre en œuvre une Action Préparatoire pour la recherche et développement (R&D) de défense qui devrait s’intéresser notamment aux composants « ITAR-free ». Une fois approuvée, l’Action permettrait le lancement d’un programme plus structuré finançant des projets de recherche en matière de défense. Le renforcement et la consolidation de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) est un des enjeux de cette Action Préparatoire. Le budget initialement alloué à l’Action Préparatoire n’excédera pas 100M€ sur trois ans, mais l’enjeu total porte sur un budget potentiel de plusieurs milliards d’euros dont nos industriels ne peuvent se désintéresser.

 

 


Le Rafale en phase de ravitaillement en vol


Cela illustre bien que les problématiques de défense s’intéressent aussi bien aux questions opérationnelles liées à la recherche de la supériorité tactique qu’aux questions stratégiques de souveraineté et d’indépendance, dont la préservation de la base industrielle et technologique de défense est une composante essentielle.



Le drone tactique «Patroller»




Un art de la guerre bouleversé par la technologie numérique


Le monde de la défense est tiré vers le haut en termes de technologie par la « révolution dans les affaires militaires » (RMA) conçue par le Pentagone il y a une vingtaine d’années, concomitamment au développement de ce que l’on appelait alors les « nouvelles technologies de l’information et de la communication » (NTIC). On parle ainsi dorénavant de « numérisation de l’espace de bataille » (NEB), de « guerre en réseau » ou de « guerre info-centrée » (network centric warfare), voire de « munitions intelligentes ». L’objectif tactique est de frapper l’adversaire plus vite et plus précisément, afin de limiter la durée de l’engagement et les « dégâts collatéraux » et ainsi, pense-t-on, atteindre le but stratégique de « gagner les esprits et les cœurs ». Un autre objectif consiste aussi à minimiser le risque pour le combattant ami : c’est le mythe de la « guerre propre ».
Naturellement, la réalité est parfois éloignée de l’idéal, parce que la plupart de nos matériels majeurs sont encore de conception ancienne, non connectés ; parce que les munitions intelligentes (c’est à dire guidées) sont 100 à 200 fois plus chères qu’un obus ou une bombe lisse qui n’obéissent qu’aux lois physiques de la balistique et de la gravitation ; parce que l’adversaire est rarement coopératif et s’adapte rapidement à la guerre « asymétrique » ; parce que la surprise reste toujours possible du fait des biais cognitifs des chefs et des combattants et du retard de la doctrine par rapport à la technologie.
Mais la tendance est là, et elle est irréversible. Les matériels de nouvelle génération sont nativement connectés ; les munitions que l’on tire ailleurs qu’au champ de tir sont le plus souvent « habillées » d’un « kit » de guidage ; les combattants expriment leurs ordres et leurs demandes, ainsi que leurs comptes rendus, via des applications numériques ; l’épaisseur du « brouillard de la guerre » est réduite par la puissance des capacités de détection (notamment sonars et radars terrestres, aériens, maritimes et spatiaux) et le rafraichissement des situations tactiques en quasi-temps réel via un système d’information unique auquel ont accès tous les niveaux de la manœuvre.

 

Exploiter le potentiel technologique sans en devenir dépendant


La supériorité tactique des armées occidentales tient davantage dans la suprématie technologique que dans le facteur moral, même si le soldat français est sans doute le plus rustique et le plus apte à surprendre l’ennemi de toutes les armées de l’OTAN, comme le montrent nos opérations au Mali depuis 2013.
L’inconvénient d’une armée « hi-tech » est pourtant triple : le coût croissant de la technologie exerce un effet d’éviction sur le format des armées, c’est-à-dire le nombre de matériels majeurs et de combattants ; l’interopérabilité entre forces alliées implique un effort de plus en plus coûteux ; enfin, une armée connectée est trop dépendante des réseaux et donc vulnérable aux attaques cybernétiques et à la guerre électronique, pour ne rien dire de la catastrophe que produirait une attaque électromagnétique (IEM).
Il convient donc de prendre conscience de ces inconvénients, afin de parer préventivement à toute menace de contournement de notre puissance. Cela suppose d’abord de continuer à s’entraîner au combat « en mode dégradé », c’est-à-dire sans GPS, sans internet, voire sans liaisons. Le conflit en Ukraine montre que des forces non occidentales disposent de puissantes capacités de brouillage susceptibles de rendre inopérante la numérisation du champ de bataille. A quoi bon utiliser un « essaim de drones » ou des robots terrestres lorsqu’on ne maîtrise plus les liaisons de données ? Il est donc également nécessaire d’investir dans la guerre électronique afin d’améliorer la protection active et passive des platesformes et des réseaux qui confèrent à nos forces leur supériorité technologique.

La France a su préserver une industrie de défense de haute technologie, qui développe au profit de nos forces des systèmes d’armes au meilleur niveau. Il s’agit bien-sûr des grands équipementiers électroniques tels que Thales et Safran, mais aussi des intégrateurs comme Airbus et Dassault pour les plates-formes aériennes, DCNS pour le naval et Nexter dans le milieu terrestre. Derrière ces grands maîtres d’œuvre se tient un réseau de fournisseurs et de sous-traitants qui irrigue la BITD française. Cet « écosystème » fragile a besoin d’une ressource humaine de qualité, singulièrement dans tous les métiers auxquels forme Télécom ParisTech.



L'auteur


Elue locale depuis 1989, députée de Brest depuis 2002, Patricia Adam préside la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale depuis juin 2012. Elle préside actuellement la délégation parlementaire au renseignement (DPR). Elle est également membre de l’assemblée parlementaire de l’OTAN.



 patricia.adam.75
 

 P_AdamAN

Blog personnel : http://www.patricia-adam.fr/

Page dédiée sur le site de l’Assemblée : http://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/fiche/OMC_PA267695

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