TELECOM PARIS ALUMNI
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 182 - "France, mère des arts, des armes et des lois"

Articles Revue TELECOM

-

15/10/2016


"FRANCE, MÈRE DES ARTS,

DES ARMES ET

DES LOIS"

 





Par Alain Crémieux dans la revue TELECOM n° 182
 

 

« L’armement est-il légitime ? »

Cet alexandrin est le premier vers d’un poème de Joachim du Bellay qui date de 1558. Wikipedia signale, pour cette année là, quelques événements heureux, comme la fondation de l’université d’Iéna, le mariage de François II avec Marie Stuart ou la construction de la chapelle Sforza par Michel-Ange à Rome, où résidait justement, cette année-là, du Bellay. Ils sont cependant éclipsés par quantité d’événements liés aux guerres qui, en 1558, ravageaient l’Europe.

Les siècles suivants, et surtout le vingtième, ont plus fait pour dépasser leurs prédécesseurs en horreur que pour se rapprocher de la paix universelle.

Les seize premières années du vingt-et-unième ne nous y conduisent pas non plus. Les conflits en Lybie, au Moyen-Orient, en Asie centrale ou en Ukraine laissent penser que, longtemps encore, les armes imposeront leurs lois.

On peut alors choisir le pacifisme. C’est une position noble et courageuse. Gandhi et Martin Luther King ont montré qu’elle pouvait être efficace. C’est cependant loin d’être toujours le cas, et les moralistes reconnaissent qu’il y a des guerres justes ; la non-violence aurait été une arme dérisoire contre le nazisme.

Un monde sans guerre relève aujourd’hui de l’utopie, il en est tout autant d’un monde sans armes. On peut rêver ces utopies, mais il faut vivre en accord avec la réalité ; une réalité qui accepte l’existence des armées, des armements et de leur commerce.

Les armées elles-mêmes sont rarement condamnées en tant que telles. Leurs crimes le sont, mais leur action n’est pas a priori considérée comme criminelle. Les ministres du culte qui servent comme aumôniers en tirent fierté et portent l’uniforme.

Les armements et leur commerce ne bénéficient pas de cette considération. Il est pourtant impossible de prétendre que seul le combat à mains nues serait acceptable, ni qu’aucun commerce des armements ne devrait être autorisé, livrant chaque pays aux seules possibilités de son industrie nationale.

Il y a pourtant des armements interdits : les balles dum-dum ou empoisonnées, les armes biologiques, les armes chimiques, les armes à sous-munitions ou les mines anti-personnel. Ce sont des armes causant des souffrances inutiles, des armes non contrôlables ou des armes qui continuent à tuer aveuglément après la fin des hostilités. L’ingénieur qui participerait à leur développement ou à leur fabrication serait aussi criminel que le combattant qui les utiliserait.










L’essai Licorne, essai français en Polynésie, 
du 3 juillet 1970



 

Le cas des armes nucléaires est particulier : leur utilisation serait criminelle, mais, tant qu’elles existent, leur possession par un pays comme la France, avec l’affirmation de leur caractère purement dissuasif, nous parait acceptable. Leur prolifération doit pourtant être combattue, ce qui conduit à une situation diplomatique paradoxale mais inévitable.

Quant aux exportations, elles ne disparaîtront pas. Qui d’ailleurs aurait condamné la fourniture d’armes aux défenseurs de Varsovie pilonnés par la Wehrmacht en 1944 ? Les fournitures d’armes à la République espagnole, à la fin des années trente sont aussi considérées comme légitimes. On peut (et on doit) exporter des armes à destination des pays « fréquentables », même si cette notion est délicate. Et il faut être conscient que, par nature, les armes sont solides, et risquent donc de durer plus longtemps que le caractère « fréquentable » des clients. Ou de tomber dans d’autres mains. C’est une conséquence inévitable du caractère chaotique de notre monde.

Du monde d’aujourd’hui … semblable, hélas, à celui du bon Joachim du Bellay !


L'auteur


Alain Crémieux
 est ingénieur général de l’armement, polytechnicien (1955), et ingénieur ISAE-SUPAERO (1960). Il a fait la plus grande partie de sa carrière au sein de la Délégation Générale pour l’Armement et y a eu des responsabilités dans les domaines de la recherche, de l’électronique, de l’informatique et de la politique industrielle. Depuis 2001, il est membre du Comité directeur (CODIR) de l’AACHEAr et membre du conseil d’administration de l’Union-IHEDN.

211 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Editorial Laura Peytavin et Yves Poilane

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

13 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Sevenhugs

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Bye Bye Barrault

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre