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Revue TELECOM 182 - L'arrêt technique majeur du Charles de Gaulle

Articles Revue TELECOM

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15/10/2016


L'ARRET TECHNIQUE

MAJEUR

DU CHARLES DE GAULLE


un défi opérationnel 
et industriel

      
 


Par le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot (1999) dans la revue TELECOM n° 182
 

De début 2017 à l’été 2018, le porte-avions Charles de Gaulle va connaître, pour son deuxième arrêt technique majeur, une rénovation en profondeur destinée à maintenir ses performances opérationnelles jusqu’en 2041.



Une véritable maturité opérationnelle mais des systèmes âgés


Après 10 déploiements en 15 années de vie opérationnelle, dans lesquels il a été engagé dans les principaux conflits internationaux auxquels la France a participé (Afghanistan, Libye et tout récemment, lutte contre Daech en Irak et au Levant), le porte-avions Charles de Gaulle a montré toute la pertinence des choix technologiques qui ont été effectués lors de sa spécification à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ce bâtiment de combat en perpétuelle évolution voit ainsi cohabiter des senseurs et des équipements dont la conception date de plus de 30 ans avec du matériel développé récemment et, pour les systèmes d’information, des protocoles anciens comme X.25 ou FDDI avec des réseaux modernes.
Certains matériels souffrent donc logiquement d’obsolescence et leur maintien en condition opérationnelle est devenu complexe et requiert le maintien de compétences très spécifiques, pour les automates par exemple.
 


Une rénovation indispensable


L’arrêt technique majeur n°2 (ATM 2) du porte-avions est une véritable refonte à mi-vie du bâtiment. Il a pour but de garantir, pour les 25 années à venir, la cohérence des capacités du porte-avions avec celles de son groupe aérien (standards futurs du Rafale), de son escorte (mise en service des frégates FREMM1, des sous-marins d’attaque Barracuda) et des systèmes d’environnement associés (soutien, communications, cybersécurité,…).
Ces travaux permettront également au porte-avions de garder sa pleine capacité opérationnelle jusqu’en 2041, date prévue de son retrait du service actif après 40 années d’engagements. Il s’agit bien de pérenniser le niveau actuel de performance qui permet au bâtiment de s’insérer aisément dans des coalitions de haut niveau et des environnements tactiques complexes, comme ce fut le cas durant la dernière mission Arromanches 2 en prenant le commandement de la Task Force 50, sous commandement américain, dans le golfe arabo-persique.


Le porte-avions « Charles de Gaulle » et son groupe aérien embarqué.

 

Un périmètre ambitieux


Ces dix-huit mois de travaux (qui incluent une quarantaine de jours d’essais à la mer) comportent en réalité deux volets : d’une part le maintien en condition opérationnelle et le traitement des obsolescences et d’autre part la rénovation de matériels et systèmes.
Le premier volet permet de régénérer le potentiel technique de l’ensemble des installations avec les contrôles approfondis périodiques des deux chaufferies et le remplacement du combustible nucléaire, la visite complète de l’appareil propulsif (turbines à vapeur) et des catapultes. L’ensemble du réseau électrique sera vérifié et les systèmes de surveillance centralisés des installations seront modernisés.

Le second verra l’installation de nouveaux senseurs, notamment :
• remplacement du radar J11 par le Smart S Mk2 de Thales ;
• installation du système optronique EOMS-NG de Safran ;
• changement des radars de navigation.

Le système de combat du bâtiment (qui fédère les senseurs et les armes) sera entièrement refondu, en s’appuyant sur le système SENIT 8 actuel et en le portant sur des systèmes modernes, aux capacités de calcul accrues. Le central opérations sera ainsi entièrement rénové avec de nouvelles consoles et de nouveaux réseaux.
Le système de communications internes et externes sera lui aussi entièrement modernisé, en passant au tout IP. La télécommande et la supervision des émetteurs/récepteurs radio, vitale pour un bâtiment de l’étendue du porte-avions, seront modernisées, ainsi que sa distribution, via le réseau de communication interne qui verra le remplacement de tous ses interphones.
Enfin, les réseaux informatiques seront étendus et restructurés. Ils comprennent déjà plus de 1400 postes de travail et serveurs, recouvrant jusqu’à 7 niveaux de confidentialité différents, du réseau Internet au réseau secret défense en passant par les réseaux OTAN ou de circonstancet. Ces travaux incluent un renforcement des structures et des moyens de cyberdéfense, avec des sondes spécifiques de supervision des flux et des données.
Avec le retrait du Super Etendard modernisé (SEM) en juillet dernier, le groupe aérien du Charles de Gaulle ne comporte plus que des Rafale F3 et des E2C Hawkeye. Cette rationalisation conduit au débarquement des installations de maintenance du SEM et à l’adaptation des soutes à munitions aux futurs standards du Rafale (missile METEOR). L’ensemble du système d’aide à l’appontage : optique d’appontage, senseurs d’appontage et plateforme des officiers d’appontage sera lui aussi entièrement rénové.

 

Une organisation industrielle originale


Pour conduire ces travaux très ambitieux, en volume et en terme calendaire, la base navale de Toulon et ses capacités industrielles, le service de soutien de la flotte, la DGA et DCNS, maître d’œuvre unique de l’ATM 2, et ses sous-traitants sont en ordre de bataille pour la préparation du chantier puis sa réalisation.



Elément refonte ATM


Cependant, l’équipage reste au cœur de l’entretien du porte-avions pour la réalisation des 200.000 tâches programmées. C’est le meilleur connaisseur du bâtiment et son expertise est indispensable au succès de l’ATM2. Il continue à conduire des installations dont certaines sont primordiales (comme le collecteur incendie) pour la sécurité du chantier. Par ailleurs, le commandant est chef d’organisme. Il est responsable de la prévention des accidents à bord tant pour le personnel militaire que civil.

De la conception au chantier, le volume des travaux représente plus de 4 millions d’heures de travail (dont 2,5 millions pour le seul chantier) avec près de 160 entreprises impliquées. Cet investissement important irrigue tout le bassin d’emploi toulonnais (notamment à travers la sous-traitance de DCNS) et l’industrie française également, tout au long des 18 mois d’arrêt du bateau. Il couvre tout le spectre des emplois faiblement ou pas qualifiés (traitement des surfaces) jusqu’aux emplois de très haute technicité (entretien nucléaire).

En résumé, c’est bien « l’équipe France » qui est actrice et bénéficiaire de ce chantier extraordinaire qui souligne l’expertise de l’industrie de défense française et ses capacités de R&D. Il va permettre au porte-avions Charles de Gaulle, instrument politico-militaire et de puissance pour la France, de conserver toute sa souplesse d’emploi, son endurance et son adaptabilité au tempo très changeant des opérations.


1/ Frégates Européennes Multi Missions de la classe Aquitaine
2/ Les réseaux de circonstance permettent de créer un niveau de confidentialité adapté à la coalition conduisant l’opération.



L'auteur


Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot (1999) est entré à l’école navale en 1989. Il a eu une carrière sur bâtiments de surface et est spécialiste des systèmes d’information et de communication. Il a été aide de camp du Président de la République de 2007 à 2009. Il commande le porte-avions Charles de Gaulle depuis juillet 2015. C’est sa quatrième affectation à bord.





Contacts : 

 de la Marine : @MarineNationale

Instagram de la Marine : marinenationale
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