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Revue TELECOM 182 - La Numérisation de l'Espace de Bataille

Articles Revue TELECOM

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15/10/2016

 

LA NUMERISATION DE

L'ESPACE DE BATAILLE
 






Par Thierry Clément dans la revue TELECOM n° 182

 

Année 1980, en Europe, nous sommes en pleine Guerre Froide


Une compagnie mécanisée renforcée d’un peloton de chars et d’un observateur d’artillerie progresse de nuit, en tête de son régiment. Toutes les communications sont en phonie et afin de préserver la discrétion, le silence radio est de règle, ce qui impose à chacun d’agir à l’imitation. La nuit est noire et le dispositif est assez resserré afin de garder la cohésion des unités. Le capitaine commandant la compagnie a sa carte sous les yeux et est très attentif afin d’éviter toute erreur de topographie, rester dans le dispositif du régiment et détecter toute présence éventuelle d’un ennemi, sur lequel il n’a que peu d’information.

En cas d’incident nécessitant une réaction interarmes, voire interarmées1, c’est la brigade, par l’intermédiaire du commandant de régiment, qui assumera la responsabilité tactique. La brigade étant le premier échelon interarmes, c’est à elle que revient le rôle d’orchestrer l’emploi de ses différentes composantes : les feux puissants des chars, les tirs indirects de l’artillerie, le soutien mobilité du génie, l’appui aérien de l’armée de l’air et des hélicoptères de l’ALAT2… Les difficultés de la coordination dans « le brouillard du champ de bataille » nécessiteront un temps de réaction assez long et c’est seulement au lever du jour que la puissance de feu de l’unité et de ses appuis sera pleinement disponible. La précision des feux restant fonction de la précision du positionnement des cibles et des informations fournies par les troupes au contact, il faudra rester très vigilant afin d’éviter toute action fratricide.
 


Année 2020, opex3 hors d’Europe


Un Sous-Groupement Tactique Interarmes (SGTIA) SCORPION progresse dans le désert. Aux ordres d’un capitaine sorti de Saint-Cyr six ans plus tôt, le détachement est à plusieurs centaines de kilomètres de sa base opérationnelle. Le régiment est réparti sur un territoire grand comme plusieurs départements français et le jeune officier a entre ses mains toutes les composantes du combat interarmes : Sa compagnie d’infanterie mécanisée, un peloton de chars, un peloton multi-capteurs de renseignement4, un détachement du génie et de l’artillerie.

Il maîtrise sa logistique, son soutien santé et un détachement des forces spéciales l’accompagne pour mettre en œuvre un appui aérien si nécessaire. Le moment venu, c’est lui qui orchestrera en temps réel l’emploi de tous ces moyens avec, si nécessaire, un renforcement de l’échelon supérieur. Il a été entraîné, est équipé pour cela et peut mener son combat de jour comme de nuit grâce à ses équipements optroniques. Il privilégie le combat de nuit car les moyens optroniques dont il dispose lui procurent un avantage important sur son adversaire.
Sur l’écran du système informatique tactique, il dispose d’une cartographie numérisée sur laquelle figure en permanence la position de ses subordonnés et des autres composantes du régiment… qu’il ne voit pas directement. Aucun risque d’erreur : la communication entre les différents pions se fait par transmission de données sécurisée et compressée, et lorsque la situation l’imposera, il disposera d’une liaison phonie pour entraîner ses troupes.

Même l’ennemi est assez bien localisé ! Les satellites d’observation, les drones et les avions de reconnaissance de l’armée de l’air envoient leurs informations en temps réel et la situation est enrichie des informations fournies par les capteurs tactiques des unités spécialisées et des unités au contact. Le brouillard du champ de bataille s’estompe ! La parfaite connaissance des positions amies et de la nature et de la localisation des adversaires permet d’appliquer sans délai des feux précis, adaptés à la menace et à l’environnement, au plus près des forces amies. Les risques d’actions fratricides diminuent fortement…
 

Système d'information embarqué Finders


Les données logistiques relatives à ses matériels étant envoyées directement au PC du régiment, il n’a aucune crainte de manquer de munition ou de carburant.


PC-tactique Armée de terre


Au PC de l’opération et au Centre de Commandement des armées à Paris, l’opération est suivie en temps réel et dans le détail, afin de « pousser vers l’avant » tous les moyens nécessaires au succès de l’opération en cours.
Enfin, cette mission a un air de « déjà vu », car avant le départ, elle a pu être répétée plusieurs fois en simulation, ce qui a permis de sélectionner les meilleures tactiques et de fluidifier toutes les actions.
La Numérisation de l’Espace de Bataille est maintenant une réalité et elle assure aux forces françaises SCORPION une indéniable supériorité tactique sur l’adversaire !
 


Evolution et apports de la numérisation du champ de bataille


Démarrée dans les années 1990, la numérisation a été développée progressivement selon une double logique :
• Une logique de niveau hiérarchique.
• Une logique de métier.

L’interopérabilité est réalisée au niveau brigade, qui de ce fait, est le premier échelon en mesure de coordonner le combat interarmes.
En globalisant cette approche numérisée, le nouveau programme SCORPION de l’Armée de Terre française est destiné à donner à tout chef tactique – jusqu’au niveau SGTIA, voire en dessous - les moyens de coordonner ce combat interarmes. À l’horizon 2020 toutes les unités engagées simultanément sur un même théâtre d’opérations communiqueront en temps réel par un véritable Internet tactique ou système C4ISR5.
Au sein d’une « bulle opérationnelle aéroterrestre » (BOA), les unités de renseignement, les unités de mêlée6, l’artillerie, les hélicoptères de l’ALAT et les drones partageront en temps réel le renseignement et coordonneront avec précision leurs actions. À ce titre, SCORPION apparait comme un véritable démultiplicateur de forces.
 


Conclusion


Démultiplicateur de forces, la numérisation du champ de bataille n’est pas une fin mais un moyen. Elle ne substituera jamais aux opérationnels, qui seuls disposent des savoir-faire et de l’expérience permettant de mener avec succès le combat futur, mais augmentera considérablement leur efficacité opérationnelle, sous réserve de ne pas oublier « les fondamentaux du soldat », qui impliquent un entraînement intensif et complet :
• Développement des forces morales,
• Maintien de la condition physique,
• Formation technique facilitée par des interfaces homme-machines simples et adaptées.
• Entraînement opérationnel réaliste et intense, en prenant en compte l’apport essentiel de la simulation.


Elle permettra d’appliquer avec une efficacité accrue les trois principes de la guerre : liberté d’action, concentration des efforts et économie ses forces.




 

Colonne AMX 10 RC au Mali
 


Mon Lieutenant, je pense qu’il nous faudrait un peu moins de numérisation et un peu plus 
de coups au but !






Char Leclerc




Cet article ne doit pas être considéré comme la description de la doctrine numérisation de l’Armée de terre française ou la présentation des produits et solutions proposés par tel ou tel industriel. Il ne reflète que les idées de l’auteur, fruit d’une bonne expérience opérationnelle acquise dans les armées française et américaine, complétée par un long parcours dans l’industrie de l’électronique de défense.


1/ Combat interarmes : Mise en œuvre des différentes armes de l’armée de terre : infanterie, blindés, artillerie, génie…
Combat interarmées : Mise en œuvre des moyens des 3 armées : armée de terre, armée de l’air et marine nationale.
2/ ALAT : Aviation Légère de l’armée de Terre.
3/ OPEX : Opération Extérieure.
4/ Capteurs optroniques, radar terrestres, drones tactiques, écoutes radios et observation humaine.
5/ C4ISR : Abréviation OTAN pour Command, Control, Communications, Computers, Intelligence, Surveillance and Reconnaissance. 
6/ Unités de mêlée : Unités engagées dans le combat de contact, essentiellement les blindés, les mécanisés et l’infanterie débarquée.



L'auteur 


Colonel (er) 
Thierry ClémentDiplômé de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, ingénieur de l’Armée de Terre et breveté de l’Ecole Supérieure de Guerre de Paris, le Colonel Thierry Clément a passé 29 années dans l’Armée de Terre Française et dans l’US Army. Il a ensuite passé près de 20 ans chez THALES et depuis 2014, Il exerce les fonctions de consultant indépendant au profit des petites et moyennes entreprises de défense souhaitant développer leurs activités à l’export.

 

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