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Revue TELECOM 182 - La PME, fer de lance de l'innovation de défense Française

Articles Revue TELECOM

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15/10/2016


LA PME, FER DE LANCE DE

L'INNOVATION DE DÉFENSE

FRANÇAISE
 






Par Emmanuel Chiva dans la revue TELECOM n° 182


Flexibles et réactives, les PME sont présentes à tous les niveaux de la chaîne de valeur et permettent à la France de disposer d’une base industrielle et technologique de défense de premier plan. Un capital à préserver et développer.



Des joyaux technologiques méconnus


La presse économique se fait souvent l’écho des réussites des grands groupes dans le domaine de la Défense. Mais derrière les succès incontestables d’un Thales, Airbus ou Safran se cachent toujours des sociétés innovantes, détentrices de compétences et de savoir-faire clés, voire critiques.

Depuis 1980, l’économie des pays avancés est fondée sur l’innovation – dans le domaine de la Défense, elle permet de consolider un avantage technologique, donc opérationnel sur ses adversaires. Dans une logique de réduction du format des armées, l’innovation devient stratégique. Et elle provient pour une part majeure des start-ups et petites entreprises.

Qu’il s’agisse de cryptographie quantique, de simulation embarquée, de réalité virtuelle, d’intelligence artificielle, de capteurs embarqués ou de cartographie rapide (ce ne sont que quelques exemples) ces sociétés souvent duales attirent les meilleurs ingénieurs, les chercheurs les plus pointus, parfois au détriment de leur visibilité et de leur reconnaissance.

Car souvent, la PME est perçue comme une structure fragile à l’avenir incertain, moins sécurisante qu’un grand groupe, et moins rémunératrice. Cette vision caricaturale doit aujourd’hui être abandonnée : la PME, c’est l’ADN de l’innovation technologique de défense française. Et elle est bien comprise comme telle par la base industrielle et technologique de défense.

 

De l’Intelligence Artificielle à la Cyberguerre


De la simulation opérationnelle à la guerre électronique, les exemples sont nombreux. Ainsi, l’essor de l’intelligence artificielle, matérialisé par une myriade de startups spécialisée dans l’apprentissage profond (« deep learning »), l’analyse de données ou l’intelligence embarquée au cœur des capteurs, bénéficie directement au monde de la Défense. Les applications sont nombreuses : modélisation des comportements pour la simulation opérationnelle, intelligence artificielle en appui du renseignement ou de la cyberguerre, intelligence embarquée en robotique de théâtre, véhicules autonomes pour l’ouverture d’itinéraires…

Parmi les acteurs innovants de l’écosystème de défense, on trouve également des PME spécialisées dans les solutions de géolocalisation, les textiles intelligents auto-décontaminants, les drones, l’optronique et la surveillance, pour n’en citer que quelques-unes. Ce sont souvent des leaders mondiaux dans leurs domaines ; sous-traitantes, ou fournisseurs de services ou solutions, ces sociétés accèdent directement aux clients étatiques ou privés.































Le syndrome du funambule


Mais toutes ont en commun un défi : traverser la fameuse « vallée de la mort », celle qui sépare la phase de recherche de la phase industrielle. S’il s’agit pour la plupart des sociétés d’un canyon abrupt, dans le domaine de la défense, elle pourrait plutôt ressembler à une large vallée glaciaire au-dessus de laquelle un fil a été tendu. Car de nombreuses années peuvent s’écouler entre l’innovation de laboratoire et le produit opérationnel. Les cycles militaires sont longs, et le parcours est délicat : mise en concurrence, expérimentations opérationnelles, pression des prix et de la concurrence : le franchissement de la fameuse vallée peut, si l’on y prend garde, s’apparenter à une traversée du désert. Car une PME de défense se heurte au problème récurrent du financement de son activité. Si les investissements publics interviennent comme initiateurs - avec notamment les dispositifs pilotés et/ou financés par la DGA, notamment RAPID (Régime d‘Appui pour l‘Innovation Duale), ASTRID et ASTRID Maturation - ce sont les financements privés qui doivent prendre le relais.

Le défi est alors de trouver des canaux de financement adaptés. Le capital-risque, s’il possède la puissance financière nécessaire, est souvent réticent à financer des projets de défense, compte tenu de la spécificité du marché et du délai pour un retour sur investissement à la hauteur des attentes. Il est donc nécessaire de multiplier ces canaux en faisant notamment appel aux industriels ou fonds spécialisés. Aux Etats-Unis, un fond comme In-Q-Tel est particulièrement emblématique : issu de la CIA, il a pour mission de financer de futurs champions technologiques, tout en préservant la souveraineté et l’indépendance technologique de l’agence de renseignement américaine. Une idée dont la France pourrait s’inspirer.
 


Un nouvel élan


Car il existe aujourd’hui en France un environnement favorable au financement des entreprises à haut contenu technologique. Par le recours à des fonds spécialisés (ou leur création), en multipliant les projets collaboratifs entre PME, ETI et grands groupes sans les opposer, en associant industriels, DGA et Forces dans le cadre d’une démarche prospective dynamique, il devient possible de consolider une base industrielle et technologique de défense de premier rang. La France est forte d’une tradition d’ingénierie et de mathématiques ; si personne ne peut prédire la nature de la guerre de demain, le maintien d‘une capacité d‘équipement en propre de nos forces armées avec des moyens de haut niveau constitue un facteur essentiel à l‘autonomie de notre pays. Dans une telle dynamique, les joyaux technologiques que sont les PME de défense doivent accueillir les nouvelles générations d’ingénieurs et de chercheurs qui y trouveront les conditions idéales à leur épanouissement professionnel…et pour le succès des armes de la France ! 

L'auteur


Emmanuel Chiva
 
est normalien et Docteur en Biomathématiques. Auditeur de la 49e session Nationale « Armement & Economie de Défense » et conseiller des études de l’IHEDN, il est également officier de réserve de la Marine nationale. Vice-Président de MASA Group puis cofondateur de SILKAN, il est aujourd’hui DG adjoint d’AGUERIS, filiale de CMI Defence, (simulation opérationnelle pour les forces terrestres). Il est Président de la commission R&T du GICAT, et créateur du blog VMF214 sur l’innovation technologique de défense.

Contacts

chiva@agueris.com

www.agueris.com

Blog : blogvmf214.wordpress.com

 @blogvmf214
 

 www.linkedin.com/in/emmanuelchiva

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