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Revue TELECOM 183 - Blockchain, les investisseurs français sont-ils en retard ?

Articles Revue TELECOM

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15/12/2016

 

BLOCKCHAIN, LES

INVESTISSEURS FRANCAIS

SONT-ILS EN RETARD ?



Par Marc Gasser (2014) dans la revue TELECOM n° 183


Beaucoup annoncent la blockchain comme la nouvelle technologie qui va non seulement remplacer internet, mais aussi tous les tiers de confiance auxquels nous pouvions avoir recours dans notre vie de tous les jours. Demain, plus besoin de banquier, de notaire, pas besoin d’aller au bureau de vote pour mettre son bulletin dans l’urne, plus besoin de certifier des documents, ou même des diplômes... La blockchain fera le travail pour nous !


Alors s’il est si évident que la blockchain va ringardiser Internet comme Internet l’avait fait pour le minitel, pourquoi tous les fonds de venture capital ne se jettent-ils pas sur l’occasion pour financer le futur champion français de la blockchain ?

Un premier élément de réponse pourrait être que mis à part l’utilisation de la blockchain dédiée au Bitcoin, aucun cas d’usage évident ne s’est encore détaché. En effet, l’émergence de la technologie blockchain est très intéressante : elle a tout d’abord été inventée pour permettre l’échange de Bitcoin. Cette crypto-monnaie aussi populaire que volatile a la particularité de ne dépendre d’aucune banque centrale. Les nœuds du réseau prenant acte des transactions et ayant à chaque instant l’état des portefeuilles.

Mis à part cette utilisation de la blockchain, aucune société, en France ou dans le reste du monde, n’a réussi à utiliser cette technologie pour imposer une vraie rupture à un marché préexistant, ou alors pour créer un nouveau marché, et déployer sa solution à grande échelle.

Il en découle directement que la plupart des start-up françaises utilisant la blockchain comme cœur de leur technologie sont financées par de la love money, de l’argent que les fondateurs ont pu récolter auprès de leurs proches qui croient au projet et veulent le soutenir.

Et si ces premiers investisseurs ont une confiance aveugle en l’équipe fondatrice, aux manettes de la société, un fonds d’investissement déployant une somme d’argent non négligeable devra avoir des preuves tangibles validant la traction du produit, le marché ou encore la technologie. Ces preuves peuvent être un premier chiffre d’affaire significatif, mais aussi un nombre d’utilisateurs, des partenaires clés, etc...

Seulement, très peu, voire pas, de start-up n’ont réussi faire adopter à leur marché, une utilisation simple de la blockchain, résolvant un vrai problème.

La première étape de validation qui pourrait convaincre un investisseur n’est donc pas encore atteinte. Cela peut expliquer pourquoi nous ne voyons pas encore en France, de levée de plusieurs millions d’euros dans la blockchain. Le seul contrexemple que l’on peut citer est la levée de fonds de la société Paymium, place de marché dédié au Bitcoin. Mais là encore, l’usage de la blockchain est celui dédié au Bitcoin, marché aujourd’hui le plus mature.

En revanche, après avoir été financées par de la love money, mais avant de lever plusieurs millions d’euros, certaines start-up de la blockchain ont réalisé des levées de Seed (première levée de fonds, généralement inférieure au million d’euros en France) auprès de fonds français habitués à ce types de deals.

Les levées sont donc inférieures, mais les fonds en question seront plus indulgents avec les preuves de concept et baseront plutôt leur analyse sur la potentialité du produit ou du marché. C’est le cas par exemple de Startumn qui a levé 600 000€ avec le fonds de Pierre-Edouard Stérin, Otium Capital. Cette start-up a développé une surcouche logicielle permettant une utilisation simplifiée de la blockchain.




























Enfin, le marché français et européen est souvent porté et influencé par le marché américain. Aujourd’hui, beaucoup de start-up dont la technologie est basée sur la blockchain ont été financées par des fonds de venture capital étrangers, notamment américains. On peut citer par exemple Circle (près de 140M€ levés au total), Blockstream (76M€ levés) ou encore Digital Asset (65M€ levés).

Ces levées sont un bon signal pour le secteur, mais en venture, le juge de paix reste la sortie. En effet, la matérialisation de la performance des investissements réalisés par ces fonds ne se fera que lorsque ceux-ci vendront leurs participations. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on pourra constater la réelle création de valeur des sociétés en question.

Pour le moment, mis à part l’acquisition de Bitnet par Rakuten, qui s’apparentait plutôt à un acqui-hire (fait de racheter une société principalement pour embaucher l’équipe dirigeante de la cible en question) qu’à une réelle acquisition, aucune sortie significative, même aux Etats-Unis n’a été réalisée. Cela peut expliquer pourquoi les investisseurs français sont aujourd’hui plutôt dans une position d’attente vis-à-vis de la blockchain.

Oui, la blockchain a le potentiel de remplacer internet, de changer notre façon de travailler, de changer la façon dont nous payons, dont nous échangeons des informations, dont nous votons, mais quand bien même ces changements s’opéreraient, quand seraient-ils mis en place ?

Aujourd’hui les start-up françaises de la blockchain se multiplient, mais les nombreux projets sont très en amont : la plupart n’ont pas encore prouvé leur modèle. Et les investisseurs français attendent encore une preuve de la maturité du marché. La contrainte première d’un fonds d’investissement est le temps. Les fonds ont généralement une durée de vie d’une dizaine d’années, au-delà desquelles l’argent (et les plus-values) doit être redistribué.

Une technologie peut être révolutionnaire et pourtant ne pas être adoptée par son marché, pas encore mature à un tel changement. Pour un fonds de venture capital, il ne suffit pas de miser sur la bonne start-up, il faut surtout le faire au bon moment. 



L'Auteur


Marc Gasser
 (2014) est diplômé de Télécom ParisTech et de la majeure MNT d’HEC Paris. Après plusieurs expériences, notamment en start-up, mais aussi en banque d’affaires, il rejoint l’équipe capital risque d’Omnes Capital en 2015.

Chez Omnes Capital, Marc travaille dans l’équipe d’investissement dans les start-up technologiques (Web, SaaS, Hardware, Mobile, Fintech ...) déployant en moyenne 2 à 4 M€ dans un tour de financement. Il a notamment participé au financement d’AB Tasty, d’Intersec, de Babbler et de MesDocteurs

@GasserMarc
 

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