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Revue TELECOM 183 - Blockchain : regards d'un acteur télécom

Articles Revue TELECOM

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15/12/2016

 

BLOCKCHAIN: REGARDS

D'UN ACTEUR TÉLÉCOM


 


Par Philippe Genestier et Sandrine Le Calvez dans la revue TELECOM n° 183


Au-delà des acteurs traditionnels, la blockchain est porteuse de nouvelles utilisations, en particulier pour les acteurs télécom.


L’utilisation de la blockchain dans le domaine de la finance et du paiement fait l’objet de nombreux travaux et de nombreuses publications et annonces.

Sur ce thème, à Orange Labs, nous nous sommes focalisés sur le cas d’usage de l’interopérabilité des systèmes de mobile money.

L’interopérabilité permettrait, à termes, de connecter les services de mobile money des différents opérateurs, au sein d’un pays ou dans des pays différents, pour autoriser les transferts d’argent entre les clients de ces opérateurs. Ce système d’interopérabilité doit satisfaire les contraintes réglementaires en vigueur dans les différents pays ainsi que les contraintes techniques fortes auxquelles les caractéristiques de la blockchain peuvent apporter des solutions. En particulier, l’identification formelle des parties impliquées doit être effectuée tout en assurant la confidentialité des données partagées, la sécurisation des transactions, la simplification des interconnexions ou encore une meilleure résilience du réseau face aux pannes.

Des solutions techniques existent et sont déjà mises en œuvre, qu’il s’agisse de mettre en place un réseau d’interconnexion de pair à pair ou de faire transiter les transactions aux travers d’un hub. Ces solutions ont fait leurs preuves mais peuvent être coûteuses et/ou complexes à mettre en œuvre à une plus grande échelle.

Orange et d’autres opérateurs réfléchissent, au sein de la GSMA, à l’opportunité de construire un réseau global d’interopérabilité multi-opérateurs basé sur la technologie blockchain qui soit à la fois sécurisé, décentralisé, facilement évolutif tout en diminuant les coûts de gestion et en simplifiant l’accès pour les opérateurs actuels et pour les potentiels futurs entrants (banques, OTT).

Si l’emploi de la blockchain dans le domaine de la finance et du paiement fait l’objet de nombreuses applications, cette technologie est susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives dans d’autres domaines.

C’est dans cette optique que sont menées une partie des travaux de recherche d’Orange Labs sur le sujet. Les domaines concernés sont la santé et l’internet des objets.

En effet, l’informatisation croissante du domaine de la santé avec le développement du télé-suivi, des dossiers patients dans tous les organismes de soins, la mise en place de projets sur la médecine personnalisée, génère des préoccupations croissantes en termes de respect de la vie privée, de sécurité, en plus des contraintes réglementaires à prendre en compte par les acteurs du secteur. En outre, l’aspect très éclaté des systèmes d’informations médicaux et les besoins croissants d’interconnexions ou d’échanges de données entre ceux-ci nécessitent de lourds processus de prise en compte du consentement des détenteurs de données à leur partage avec plusieurs tierces parties. D’autre part, ces mêmes usages soulèvent la question de l’authenticité des données et des moyens de s’en assurer. Au niveau des assurances médicales, il est souvent difficile d’avoir une information à jour en ce qui concerne les droits d’un assuré.


 






















De par leurs caractéristiques (transparence, impossibilité de modification du registre a posteriori, suppression du tiers de confiance unique), les solutions à base de blockchain peuvent apporter des réponses à ces préoccupations.

De même dans le monde de l’internet des objets, on retrouve des préoccupations similaires en ce qui concerne la mise à disposition de tiers des données collectées par des capteurs par exemple et le respect de la vie privée des détenteurs de ces objets.

Certaines applications peuvent aussi nécessiter des garanties sur la qualité et la non modification des données collectées.

De cette communauté de besoins ont été identifiés plusieurs cas d’usage intéressant ces domaines et tirant parti des caractéristiques intrinsèques de la blockchain :

 la gestion de consentement car il est au cœur des obligations réglementaires et des préoccupations pour le partage d’informations entre acteurs du monde de la santé : consentement du patient à la collecte et à la consultation de ses données par des soignants, ou bien à l’utilisation de ses données dans le cadre d’études cliniques. Dans le monde de l’internet des objets, consentement du propriétaire d’un objet pour que les données issues de cet objet soient utilisées par des tiers (et définition de ces conditions d’utilisation), par exemple pour les diffuser ou les agréger avec d’autres.

 La traçabilité des actions effectuées dans un système de collecte et de stockage de données.

 La mise en œuvre de bourses d’échange de données comme par exemple pour la mise en relation de donneurs et de receveurs d’organes.

 Le suivi de matériels tout au long de leur vie : production, transport, stockage et utilisation

Orange Labs développe des démonstrateurs sur plusieurs de ces sujets comme la gestion de consentement.

D’autres utilisations sont également envisageables comme celles ayant trait à l’assurance de l’intégrité des données, ou au suivi d’intervenants à domicile.

Toutefois, ces cas d’utilisation peuvent aussi être porteurs de contraintes propres impactant le type de solution utilisée. C’est par exemple le cas dans les usages liés à la traçabilité qui nécessitent la capacité à traiter un grand nombre d’événements quasi simultanés, ce qui impose l’emploi de solutions techniques permettant la validation d’un grand nombre de transactions par seconde.

Enfin, dans l’enthousiasme actuel sur le sujet, il est prudent de bien qualifier la pertinence de l’emploi de la solution pour chaque cas d’utilisation envisagé, ceci pour ne pas chercher à lui faire faire des choses pour lesquelles cette technologie ne serait pas adaptée, ce qui à terme ne pourrait que la desservir. 


Les Auteurs 
 


Philippe Genestier 
est responsable d’un projet de recherche à Orange Labs sur les services télécoms à destination du domaine de la santé. Ceci concerne en particulier les services de télésuivi et de collecte de données à l’aide d’objets connectés. Dans ce cadre, l’importance croissante des exigences de traçabilité et de respect de la vie privée a amené Orange à étudier comment la blockchain pourrait être une solution permettant d’y répondre.





Sandrine Le Calvez 
est responsable d’un projet de recherche à Orange Labs intitulé « Emerging Countries Designed Services». Ce projet regroupe différents activités de recherche dont un axe de autour du futur du service Orange Money qui est un des services phares d’Orange en Afrique, permettant notamment d’effectuer des transferts d’argent national et international entre particulier, d’acheter du crédit téléphonique, de payer des biens et des services tels que l’eau ou encore d’électricité. C’est dans ce contexte que nous investiguons l’intérêt des technologies associées aux crypto-monnaies et en particulier le potentiel de la blockchain.

 
 
 

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