TELECOM PARIS ALUMNI
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 183 - Drones caractérisation et lutte contre les engins malveillants

Articles Revue TELECOM

-

15/12/2016

 

DRONES


caractérisation et lutte

contre les engins malveillants




Par Jehan-Christophe Charles dans la revue TELECOM n° 183


Comment distinguer les différents types de drones aériens grâce à leurs différentes caractéristiques ? La lutte contre les petits drones malveillants est au cœur de l’actualité, comment réaliser un système efficace ?



Qu’est-ce qu’un drone ?


Drone est un terme générique qui recouvre de nombreuses réalités, de taille, de forme, de mode de propulsion, de mode de guidage, d’emploi, etc. Je parlerai plus particulièrement des véhicules aériens en donnant une classification basée sur leur emploi et les technologies de pilotage, sachant que la caractérisation des drones aériens est parfaitement transposable, mutatis mutandis, dans les autres milieux. La lutte contre les mini-drones sera abordée en conclusion.

Les questions qu’il faut se poser au sujet des drones sont relatives au type de mission, au type de pilotage et à la charge utile. Un drone, pour quoi faire, comment, avec quoi ?
 

Caractéristiques de vol


La nature de la mission va définir l’endurance et le profil de vol. Ainsi, les drones HALE1 comme le Global Hawk2 ont une vocation stratégique : ils collectent du renseignement à très haute altitude (55 000 pieds, près de 20 km, alors qu’un avion de ligne vole aux environs de 30 000 pieds) et volent pendant 36 heures. Ils sont donc à même de surveiller d’immenses territoires pendant longtemps, en quasi invulnérabilité. A l’autre bout du spectre, il existe des drones tactiques, dont la vocation est de « voir au-delà de la colline ». Vol à basse altitude (1000 pieds), faible endurance (environ 1 heure), il est mis en œuvre sur le champ de bataille pour une utilisation immédiate des données. En France, l’Armée de terre utilise le DRAC3. Encore plus petits, les mini, micro et nano-drones élargissent le champ d’emploi de moyens sans équipage embarqué. Bien sûr, entre ces deux extrêmes, HALE et nano-drone, on trouve toute une gamme de porteurs, de toute taille, propulsion, endurance, etc.
 

Différents types de pilotage


Le type de pilotage a une grande importance car il conditionne la charge de travail humaine pour l’emploi du drone et le niveau de risque accepté pour sa mise en œuvre. Ainsi, un ballon captif ne demande qu’une main-d’œuvre réduite et épisodique. Un drone MALE4 ou HALE est aussi gourmand qu’un avion : stations au sol, maintenance, logistique. Il est possible de distinguer trois types de mise en œuvre : le vol préprogrammé, le vol télépiloté, et le vol téléguidé (par câble). Dans le premier cas, l’opérateur doit programmer un calculateur qui va guider le drone, agir sur les commandes, pour l’amener à la verticale des positions choisies. D’une manière générale, les drones utilisent alors un système de navigation par satellite, de type GPS. On commence à disposer de moyens de guidage sans cet apport extérieur, en utilisant des modes de comparaison d’image. Le drone effectue sa mission en parfaite autonomie, collecte des données et les ramène à sa base.


Dans le deuxième cas, un opérateur pilote l’appareil ; il envoie ses ordres par une liaison radio, en lien direct ou satellite. Pour guider son drone, il utilise différents éléments, la position NAVSAT et les images transmises par la caméra embarquée. Il a donc besoin d’une liaison bilatérale fiable.

Enfin, le téléguidage suppose un transfert des ordres de navigation par câble. Peu utilisé, ce mode de commande présente cependant des avantages.

Le choix du mode de pilotage va donc déterminer la portée et le rayon d’action du drone, la capacité à influer sur sa mission, la discrétion de celle-ci et, donc, sa vulnérabilité. Il convient de noter que les différents modes de guidage peuvent être employés successivement : début de vol programmé, puis pilotage, retour automatisé. Ou encore, vol téléguidé, qui passe en vol piloté ou programmé.
 

Charge utile pour une mission


Reste la charge utile, qui va permettre d’accomplir une tâche. En général, les drones sont des moyens d’observation, ils emportent donc radar, caméras, capteurs de guerre électronique, etc. Ils peuvent avoir des moyens plus dommageables, du laser pour guidage d’arme, à l’arme elle-même. La combinaison des moyens est alors la règle : observation et arme.

Poids et volume de la charge utile sont déterminants : un drone se caractérise donc par sa capacité d’emport et par le matériel embarqué.
 

Lutte anti-drones


Si l’usage militaire de drones lourds est ancien – on fête le centenaire du premier drone aérien -, l’usage civil extensif de mini-drones est récent. Objet de loisir, il n’en demeure pas moins une menace potentielle pour – entre autres - la circulation aérienne, la crédibilité de l’Etat, la sécurité publique, les installations sensibles, etc. L’Etat Islamique a démontré récemment son savoir-faire en la matière. Le SGDSN5, par l’intermédiaire de l’ANR6, a lancé en 2015 un appel à projets pour disposer d’un équipement de lutte contre ces types de drones. Le projet Boréades7, porté par CS8, propose un système composé d’un sous-ensemble de détection multi-senseurs (radar, IR et optronique jour) envoyant vers la partie C29 des pistes, qui sont alors fusionnées et suivies pour proposer à l’opérateur une piste unique par objet. Le système pointe automatiquement une caméra d’identification et poursuite, permettant à l’opérateur de valider l’objet détecté comme drone intrus. Si tel est le cas, le système met en œuvre des contre-mesures adaptées. Dans le démonstrateur fourni au SGDSN, du brouillage des fréquences télépilote et/ou navigation satellite. Le drone entre alors soit dans une phase de retour vers sa base, soit dans une phase de pose. Dans les deux cas, il n’accède pas à la zone protégée. La vraie difficulté face à ce type de menace est la détection des plus petits engins. Si les contre-mesures actuelles sont efficaces, leur possible péremption prochaine est connue. Le système Boréades étant, par construction, évolutif, les parades aux futures menaces sont déjà en préparation. 

Références

1/ High Altitude Long Endurance
2/ RQ-4 Northtrop Grumman pour US Air Force
3/ Drone de reconnaissance au contact –Surveycopter-EADS
4/ Moyenne altitude
5/ Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale
6/ Agence Nationale pour la Recherche
7/ Ont fait partie des Argonautes. Fils du roi Borée, le vent du Nord, ils peuvent voler. Ce sont les seuls capables de neutraliser les Harpies, être ailés, malfaisants et insaisissables. www.boreades.fr 
8/ CS, concepteur, intégrateur, opérateur de systèmes critiques www.c-s.fr 
9/ Command & Control



L'Auteur

Jehan-Christophe Charles
, 56 ans, a fait une carrière d’officier de marine, essentiellement embarquée sur navires de surface. Il a exercé 2 commandements à la mer. Il est spécialiste de lutte au-dessus de la surface et de guerre électronique et de doctrine tactique. Il a commencé sa carrière civile comme consultant indépendant, puis à rejoint le groupe CS comme conseiller du domaine maritime.
@JChristoCHARLES

236 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Editorial Laura Peytavin et Yves Poilane

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

13 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Les évolutions des métiers des Télécom à travers les enquêtes premier emploi par Michel Cohet (1973)

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Les chatbots au service de la relation client digitale et humaine par France Heringer-Jallot (1990) et Angie Anazgo (2013)

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre