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Revue TELECOM 183 - Les Tokens sur la blockchain enfin un vrai modèle économique pour générer des effets de réseau ?

Articles Revue TELECOM

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15/12/2016


LES TOKENS

SUR LA BLOCKCHAIN


Enfin un vrai modèle

économique pour

             générer des effets de réseau ?



Par Benjamin Tincq dans la revue TELECOM n° 183


Révélée au monde par une crypto-monnaie (avec Bitcoin), et suscitant aujourd’hui l’engouement pour les smart contracts (avec Ethereum), la blockchain n’a pas fini de révolutionner le monde du droit et de la finance. La prochaine étape : la révolution des tokens, ou l’avènement du « modèle économique décentralisé ».


Il y a quelques mois, le fonds d’investissement décentralisé “TheDAO” initié par la start-up blockchain Slock.it, défrayait la chronique en devenant la plus grosse campagne de financement participatif de l’histoire, avec plus de 150M levés en ether, la crypto-monnaie de la blockchain Ethereum.

Concrètement, le principe était le suivant : 1) TheDAO émet des tokens vendus dans une crowdsale contre de l’ether  ; et 2) les détenteurs de tokens acquièrent des droits de vote sur les investissements de TheDAO, et perçoivent une part des bénéfices, proportionnellement au nombre de tokens qu’ils possèdent.
 

La révolution des Tokens, ou le “Decentralized Business Model”


TheDAO ne fut en réalité que l’une des itérations (très médiatisée) d’un modèle économique émergent qui pourrait bien révolutionner l’économie numérique tout entière. Ce modèle, c’est le “Decentralized Business Model”, basé sur le concept de tokens généralisés.

Dans l’univers de la blockchain, un token est un jeton électronique généré par un algorithme et sécurisé par divers moyens cryptographiques. Chaque token n’a cours qu’au sein d’un projet blockchain spécifique, qu’il s’agisse : d’une plate-forme (ex : la blockchain Ethereum) ; d’une “DApp”, application décentralisée (ex : Storj pour le stockage de fichiers) ; ou encore d’une DAO, organisation décentralisée autonome (ex : TheDAO, SingularDTV).

Les tokens les plus courants, ou “App Coins”, jouent le rôle de crypto-monnaie permettant d’utiliser le service. Ils s’acquièrent en apportant de la valeur au réseau via le “minage”: en fournissant de la puissance de calcul sur Bitcoin et Ethereum (ether), de l’espace de stockage sur Storj (storjcoin), ou en publiant des contenus sur Steemit (steem). Ces tokens peuvent alors s’échanger sur le marché, soit contre des unités de valeur du réseau (ex : l’ether sert à payer la puissance de calcul sur Ethereum) soit en tant que “commodité électronique” (dans le cas de Bitcoin). Ils acquièrent donc une valeur d’échange dont le cours fluctue comme une marchandise.

D’autres tokens jouent un rôle de crypto-equity : ils octroient des dividendes et des droits de votes sur une DAO -un peu comme l’equity pour une entreprise. Parmi les exemples, on peut donc citer TheDAO, ou encore le studio de production audiovisuelle SingularDTV.

D’autres enfin, peuvent agir comme des crypto-bonds : Steemit permet à ses utilisateurs d’échanger leurs steem contre des “steem dollars”, sorte de crypto-obligations indexées sur le cours du dollar. Ces crypto-bonds permettent à Steemit d’acquérir de la liquidité auprès de ses utilisateurs, en échange d’un taux d’intérêt d’environ 10%.

Un même token peut jouer simultanément, ou successivement, les rôles de crypto-equity et de crypto-monnaie. La start-up Backfeed, qui développe un système de gouvernance décentralisée sur la blockchain Ethereum1 propose même un modèle dans lequel la DAO jouerait le rôle de banque centrale pour stabiliser le cours de la crypto-monnaie, palliant aux volatilités très importantes de l’ether ou du Bitcoin par exemple.

























Un modèle économique idéal pour les projets à effet de réseau ?


Les tokens ont ceci d’ingénieux que leur valeur a tendance à augmenter avec la taille, et donc l’utilité, du réseau sur lequel ils ont cours… Les tokens sont donc l’incarnation (crypto)-monétaire des fameux “effet de réseau” !

Ce phénomène permettrait donc de pousser les utilisateurs d’un réseau à contribuer à son développement, soit en investissant financièrement à l’occasion d’une crowdsale (campagne de crowdfunding dont les contreparties sont des tokens), soit en apportant de la valeur au réseau : puissance de calcul, espace de stockage, création de contenus, écriture de code, marketing… les possibilités sont illimitées !

De la même façon qu’Internet a brouillé les frontières entre producteur et consommateur avec le web 2.0 puis le mouvement maker, la blockchain avec ses tokens pourrait confondre les rôles de co-fondateur de start-up (créateur de valeur pour développer un projet), investisseur (acheteur des tokens lors de la crowdsale) et utilisateur du service (échange de tokens) …

Par ailleurs, la crowdsale représente une grosse nouveauté dans le petit monde du crowdfunding. En effet dans ce secteur, les campagnes les plus impressionnantes sont généralement des pré-ventes de produits hardware, mais elles décollent rarement pour le software, où les contreparties sont de fait moins attractives… à l’exception notable du jeu vidéo. Le réseau social distribué Diaspora n’avait par exemple réussi à lever que $200K malgré un fort engouement.

Toutefois, les tokens représenteront probablement un nouveau casse-tête pour les autorités de régulation financière et de protection des consommateurs. Primavera De Filippi, chercheuse à Harvard et au CNRS spécialiste de la blockchain, et co-fondatrice de Backfeed, estime que la vente de tokens pourrait passer le “Test de Howey”, utilisé par la SEC américaine pour déterminer si un actif constitue une securities…
 

1/ disclaimer : je suis strategic advisor de Backfeed !
 

L'Auteur


Benjamin Tincq
 est un entrepreneur spécialiste des technologies ouvertes et décentralisées (open source, blockchain, fabrication numérique, …). Il est co-fondateur de OuiShare, un think-tank, do-tank et réseau international explorant les émergences numériques et collaboratives, et de Good Tech Lab, un laboratoire d’innovation dédié à la “Tech For Good”. Il est diplômé de Télécom SudParis.

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