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Revue TELECOM 183 - Retour sur STIM - Rendre la machine créative

Articles Revue TELECOM

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10/02/2017


La machine va-t-elle remplacer l’homme plus que l'assister ? Les algorithmes n’ont-ils aucune limite ?

Dans la Revue n°177, STIM, jeune « pousse » nous indiquait déjà le rôle des algorithmes pour aider l’homme à générer des idées disruptives. Moins de deux ans plus tard, le concept de créativité assistée par ordinateur semble émerger et apparaitrait même déjà prometteur. Ceci serait possible grâce à la mise en œuvre d'algorithmes exploitant l’ensemble des données présentes sur le « net ». Un concept à suivre…


Rendre la machine créative


Par Colette Ménard, dasn la revue TELECOM n° 183

Et si la machine était capable d’inventer le monde de demain ? La créativité artificielle : prochaine étape de l’IA.

Les machines créatives d’aujourd’hui
La créativité artificielle intéresse les chercheurs du monde entier depuis plus d’un demi-siècle et des dizaines d’expérimentations ont déjà permis d’atteindre des formes de créativité impressionnantes.

Parmi celles-ci nous pouvons citer : le logiciel EMI qui analyse les caractéristiques des œuvres des plus grands compositeurs pour ensuite composer ses propres morceaux « à la manière de tel artiste » ; le Chef Watson d’IBM qui concocte des recettes originales en s’appuyant sur une connaissance fine des saveurs des aliments et de nos préférences gustatives, l’algorithme Deep Dream de Google qui génère des tableaux fantasmagoriques en réinterprétant des photos au travers des motifs qu’il a appris à reconnaître…


Mais la communauté reste partagée : la machine parviendra-t-elle un jour à être vraiment créative au même titre que l’Homme ?
Au fond nous pouvons nous demander ce qu’est la créativité ? Cette notion fait débat dans la communauté de recherche. S’agit-il de capacité artistique ? D’imagination ? D’inventivité ? De capacité à résoudre des problèmes de manière originale ?



Le vrai défi : penser les innovations de demain
Au sens de la conception, on peut distinguer différentes formes de créativité que nous réduisons à deux types distincts. Un premier type correspond à la capacité à générer de nouveaux éléments au sein d’une catégorie d’objets donnée ou répondant à des règles clairement définies : un tableau peint « à la manière de… », une chaise la plus légère possible, des associations de saveurs compatibles avec nos papilles… Ces règles peuvent être soit définies directement par l’ingénieur lorsqu’elles sont relativement simples, soit apprises grâce à des algorithmes de machine-learning dans les cas plus complexes.

Un deuxième type de créativité consisterait à inventer des catégories d’objets complètement nouvelles : inventer un nouveau style artistique comme Picasso avec le cubisme, inventer une nouvelle manière de cuisiner comme cela a été le cas avec la cuisine moléculaire, ne pas se contenter de concevoir une nouvelle chaise mais réinventer le concept même de chaise. Imaginez le potentiel d’un tel logiciel, capable d’inventer des nouvelles classes de voiture, des nouvelles formes d’éducation ou un nouveau type de vaccin !






Une telle prouesse est-elle possible ?

C’est justement ce défi que Stim, jeune startup spécialisée en méthodes pour l’innovation de rupture, s’est lancé - concevoir une machine capable de réinventer les objets.

La genèse de notre projet provient des travaux réalisés par les équipes du centre de gestion scientifique des Mines Paristech. Ces chercheurs ont décortiqué les mécanismes sous-jacents au processus d’invention grâce à la théorie C-K. A tel point que nous disposons désormais de méthodes quasi algorithmiques, nécessitant finalement très peu de créativité humaine. Pour Stim, l’automatisation de la créativité n’était que la prochaine étape.

Dans le cadre de ce projet, en collaboration avec Fabian Suchanek, chercheur en web sémantique à Télécom ParisTech, un premier prototype a vu le jour, le Creative Engine : un logiciel capable de proposer des pistes pour repenser n’importe quel objet.

Comment ça marche ? Le Creative Engine procède en deux étapes :

• il scanne les différentes bases de données disponibles sur internet pour « comprendre » ce qu’est une voiture aujourd’hui : « une voiture est rapide », « une voiture roule sur une route », « une voiture permet de se déplacer »…

• puis il applique des formules prédéfinies pour proposer des alternatives pour chaque caractéristiques identifiées, en puisant dans la vaste base de connaissances qu’est internet : « et si la voiture allait lentement ? », « et si la voiture volait ? », « et si nous n’avions plus besoin de nous déplacer ? »…

10% des propositions ainsi générées ont été évaluées comme étant véritablement innovantes par nos testeurs, ce qui est très encourageant au vu de la simplicité des algorithmes utilisés.
De plus, certains des axes de travail ainsi générés auraient tout à fait pu être étudiés dans le cadre d’une démarche innovation dans un grand groupe industriel !

Un potentiel énorme… encore inaccessible

Le Creative Engine repose sur le web sémantique pour interpréter et exploiter les informations disponibles sur internet. Or le web sémantique constitue encore un sujet de recherche à part entière et les données non-structurées, notamment l’ensemble des textes disponibles sur internet, ne sont donc pas exploitables.

Par ailleurs, les modèles de représentation sous forme d’ontologie adaptées à la représentation d’informations très factuelles et limitées à un domaine précis, ne permettent pas encore de retranscrire des notions suffisamment macroscopique et génériques telles que le concept de « voiture ».

Le Creative Engine a « compris » comment inventer. Le jour où le web sémantique lui apportera les outils adaptés et lui donnera accès à l’ensemble des informations disponibles sur le web, sa « créativité » devrait dépasser celle de n’importe quel humain…

L'auteur

Colette Ménard est Product Developer chez Stim, start-up spécialisée en management de l’innovation de rupture. Elle accompagne des grands groupes industriels dans leurs problématiques d’innovation depuis 2 ans, et est responsable du projet Creative Engine, visant à automatiser le raisonnement de conception.
@menard_colette

site : wearestim.com

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