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Revue TELECOM 184 - Etat des lieux des Edtech entre promesses et contraintes

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15/03/2017

ETAT DES LIEUX DES

EDTECH


entre promesses

et contraintes


Par Jean-François Fiorina dans la revue TELECOM n° 184


Si définir une Edtech est relativement facile – Start-up évoluant dans le domaine de l’éducation, au sens large du terme, et utilisant la technologie dans son modèle, caractériser leurs cibles et leurs business-models est beaucoup moins évident.
Réponse en quelques chiffres !


8 causes de création
 

1) L’école du futur.

Notre monde de l’éducation et de l’enseignement est en pleine évolution et nous allons connaitre dans les années à venir un grand nombre de révolutions.

Nous aurons besoin d’acteurs pour nous permettre de réaliser cette école du futur (dans tous les domaines, pédagogiques, administratifs, marketing, communication….) et parmi ceux-ci les Edtech qui pourront nous apporter des transformations « disruptives » ou nous accompagner dans ces changements.
 

2) La demande des entreprises.

Les entreprises réfléchissent également à cette école du futur, dans une logique de professionnalisation de leurs équipes, d’accompagnement au changement ou d’évolution de carrière.

La logique de ces entreprises est « d’individualiser l’industrialisation » des formations tout en y apportant une valeur ajoutée.
 

3) Le développement des services.

Ce qui fera la différence dans les années à venir, ce sont les services que nous offrirons à nos étudiants et nos alumni.

Il faudra leur apporter une valeur ajoutée qui justifiera leur inscription dans nos établissements.

En effet, en simplifiant un peu, pourquoi payer des frais de scolarité alors qu’un savoir de très grande qualité est disponible – gratuitement – sur le net.

La réalisation de ces services ne pourra se faire qu’au travers de ces Edtech et ce dans un double sens, école vers Edtech et vice versa.
 

4) La génération Z

Nos étudiants veulent apprendre ou étudier d’une autre manière. Ils baignent dans la technologie et l’utilisent en permanence (même s’ils ont des niveaux de compréhension et de maitrise différents). Il nous faut nous adapter en permanence pour tenir compte de ces évolutions.

Là aussi la réponse passe par les Edtech.
 

5) L’apprentissage pour tous

Ces jeunes pousses vont également nous permettre d’aider « tout le monde » à apprendre, par pour des étudiants en situation de handicap.
 

6) La pression des parents

Il y a une sorte de « business de la peur » qui se traduit par l’explosion de sociétés de soutien scolaire.
 

7) L’opportunité des GAFA.

Je l’ai souvent écrit, les GAFA seront bientôt des acteurs importants du monde de l’éducation et seront tout à la fois nos concurrents et nos alliés dans certains domaines.

Ces entreprises ne sont pas à proprement parler des Edtech mais elles vont donner naissance à tout un écosystème d’applications spécifiques.
 

8) Les « déçus » de l’enseignement

Un nombre significatif d’Edtech est créé par des étudiants ou de jeunes diplômés.

Quand j’échange avec eux, ils me disent qu’ils ont eu cette idée parce qu’ils ont été déçus et auraient voulu apprendre d’une autre manière.
 

4 Business-modèles + 1 !


Sujet délicat car la perception que nous avons de l’éducation est de considérer que ce n’est pas une marchandise. Néanmoins, il faut bien que ces Edtechs fonctionnent et assurent leur développement.

Sujet délicat également car il n’y a pas encore eu à ma connaissance – en France – d’études approfondies réalisées sur ce sujet.

• B2B – Business to Business – d’entreprise à entreprise.

C’est par exemple une Edtech spécialisée dans l’apprentissage des langues étrangères qui contractualise avec une entreprise. Modèle le plus simple.

• B2C – Business to Consommateur –

Le client final est l’individu qui achète une prestation. Le bon exemple pourrait être une Edtech dans le domaine de l’orientation qui vent une prestation à un élève de terminale. C’est moins simple qu’il n’y parait car l’utilisateur final n’est pas forcément le décideur mais ses parents par exemple se posent également la question de savoir si le décideur est le payeur ou pas.

• B2P – Business to Peer –

C’est une catégorie que j’ai inventée mais c’est la vente de prestations auprès de pairs. C’est par exemple un prof qui aurait créé une Edtech de contenu et qui vend ses services à ses collègues.

C’est le pendant marchand et business du P2P.

• P2P – Peer to Peer.

Edtech créée par des étudiants par exemple et qui ne s’adresse qu’à des étudiants. Il y a une finalité, peut-être un service qui est délivré gratuitement.

Je rajouterai un dernier, qui est à inventer car c’est celui qui permettra à la fois le développement d’une filière française d’Edtech et à l’école de la transformer, c’est celui que je qualifierai de B2EN – Business to « Education nationale ».

Il s’agit de permettre à ces Edtech de travailler avec l’éducation nationale et sur un modèle…. agile
 

3 types d’usage


1. Contenu :

Création, partage ou diffusion de contenu créé par des spécialistes (ou pas) à destination principalement des élèves et/ou apprenants.
 

2. Outils et équipement pour la salle de classe.

Les exemples sont très nombreux et vont des écrans interactifs à des systèmes de contrôle de présence en passant par tout ce qui permet d’optimiser l’enseignement ; j’avais eu l’an dernier un coup de cœur lors de ma visite au BETT pour le système BIRD. L’interactivité au bout du doigt pour vos présentations, animations, cours et bien au-delà.
 

3. Services :

Liste également très longue puisque cela concerne des services pour l’ensemble des acteurs de l’enseignement et leur environnement (élèves, parents, profs, établissements …..)

Néanmoins, il y a à l’heure actuelle – en France - un certain nombre de limites et contraintes qui pénalisent le développement de ce type d’entreprise
 

1) Un marché très fragmenté.

Comme on a pu le voir les cibles sont nombreuses, tout comme les business-models et les applications.

2) Des processus d’achat complexe

Les utilisateurs ne sont pas forcément les acheteurs. Je pense entre autres aux parents ou aux professeurs.

3) Dans ce processus d’achat, et plus spécifiquement pour la France, l’Education nationale est un acteur incontournable, voire même obligatoire mais qui rebute toute initiative.

4) L’importance du gratuit qui rend aléatoire le retour sur investissement et peut décourager des investisseurs.

Ces contraintes sont des réalités mais elles ne doivent pas empêcher le développement des Edtech.

Ces dernières apportent de vraies solutions, que ce soit dans l’apprentissage, la découverte, l’expérimentation, l’approfondissement des connaissances ou les services.

Elles seront au cœur de l’école du futur, c’est indéniable.

Il faut absolument une filière française d’excellence.

Le défi est immense mais c’est une partie de l’avenir de l’école !

Ce texte est une synthèse de mes chroniques sur l’école du futur publié sur www.theconversation.fr.


Biographie de l'auteur


Jean-François Fiorina 
est Directeur de l’ESC Grenoble depuis 2003 et Directeur Général Adjoint de Grenoble École de Management depuis 2012.

Diplômé de l’INSEEC Bordeaux et d’un MBA à l’University of America de San-Francisco, il commence sa carrière en tant que banquier à la BRED avant de devenir consultant à l’international. Il rejoint par la suite le groupe Sup de Co Amiens-Picardie, tout d’abord comme professeur de Commerce International avant de devenir Directeur du programme ESC et des relations internationales. Il arrive en 2000 à Grenoble École de Management, en tant que Responsable des Mastères Spécialisés. En 2003, il prend la tête de l’ESC Grenoble. En septembre 2012, il est promu Directeur Général Adjoint de Grenoble École de Management et prend également la Direction des Programmes de GEM quelques mois plus tard.
Jean-François Fiorina a été Président de la banque Passerelle de 2007 à 2015 et vice-président d’Atout+3 de 2008 à 2015. Ardent défenseur de la pédagogie différenciée, il milite et œuvre pour un enseignement des futurs managers, ouvert sur la société et sur le monde, basé sur la création de passerelles entre les différentes disciplines : management, ingénierie, design, art, géopolitique…
Féru de nouvelles technologies et fin connaisseur du monde de l’enseignement supérieur en France et du marché mondial de l’Education, il est reconnu par ses pairs pour sa capacité à défricher des territoires nouveaux. Il développe ces sujets et fait part de ses convictions sur son blog http://blog.educpros.fr/fiorina/. Editeur des notes CLES (notes hebdomadaires d’analyse géopolitique), il est également cofondateur du Festival de Géopolitique de Grenoble.

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