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Revue TELECOM 184 - Faire passer la France dans l'ère de l'Edtech

Articles Revue TELECOM

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15/03/2017

 

FAIRE PASSER LA FRANCE

DANS L'ÈRE DE L'EDTECH
 




Par Marie-Christine Levet dans la revue TELECOM n° 184


En 1989, le World Wild Web était officiellement annoncé par Tim Berners-Lee. En près de 30 ans, la digitalisation a disrupté avec la puissance irrépressible d’un tsunami des pans entiers de l’économie (de la musique à la presse en passant par le commerce et même les plus traditionnels comme les taxis...), faisant naître de nouveaux champions de taille critique capables de changer les règles d’un secteur.

Seule l’école de la République n’a pas changé depuis 40 ans… sauf la couleur du tableau qui est passé de noir à blanc. Seul 3 % du secteur de l’éducation est digitalisé contre plus de 40 % dans les médias. Le secteur de l’éducation souffre de budgets de R&D bien inférieurs à ceux des autres secteurs de l’économie comparativement. Notre système d’éducation est à bout de souffle, en témoigne la chute vertigineuse de la France dans le classement Pisa à la 26ème place, loin derrière certains pays asiatiques qui ont vécu leur révolution Edtech.
L’école doit vivre avec son monde et former aux nouveaux métiers de demain : 65 % des élèves de primaire feront demain un métier qui n’a pas été encore inventé, 25 % des emplois crées dans les prochaines années le seront dans le digital. Un fossé est en train de se creuser entre ce que font les jeunes dans leur vie quotidienne avec les outils du numérique et ce qu’ils font à l’école : un élève passe en moyenne 1 500 heures par an devant les écrans contre 900 heures en classe. Ces deux mondes sont à réconcilier et il convient de ne pas tomber dans les discours caricaturaux de « l’écran va-t-il remplacer le professeur ? » mais au contraire utiliser toutes les innovations technologiques (big data, plates-formes de partage P2P, économie collaborative…) pour permettre une éducation :

• globale et accessible à tous

• mobile et collaborative, faite sur le partage d’expérience,

• plus individualisée, plus personnalisée, qui s’adapte aux rythmes et aux acquis des apprenants et donc plus efficace

• qui permette de développer des qualités de créativité, les « soft skills » et apprenne le « travailler ensemble », sans pour autant renier les piliers de l’éducation traditionnelle et les acquis fondamentaux.

Et surtout une éducation qui ne mette plus de côté, chaque année, plus de 150 000 élèves décrocheurs du système scolaire.

Le monde de l’éducation doit aussi s’adapter aux nouveaux modes de travail plus collaboratifs, aux nouveaux métiers, aux besoins de nouvelles formations. Les métiers changent très vite. Le CDI à vie est révolu sauf dans de rares professions. Demain, il sera courant de faire jusqu’à dix métiers dans sa vie professionnelle et d’alterner périodes de salariat, d’auto-entrepreneur et de formation et même plusieurs fonctions en parallèle. Les savoirs sont rendus très rapidement obsolètes par les nouvelles technologies. Il va falloir se former tout au long de sa vie dans l’école, à l’extérieur de l’école… Il va falloir Apprendre à Apprendre.

Aujourd’hui les investissements dans l’éducation digitale sont considérés comme stratégiques par les acteurs majeurs de grands pays dynamiques. Un véritable tsunami numérique déferle sur l’éducation dans le monde. Des fonds thématiques dédiés à ce secteur ont vu le jour. La vague s’est accélérée depuis cinq ans en termes d’investissements. Plus de 6,5 milliards d’euros ont été investis dans le monde en 2015 dans le secteur de l’Edtech, Education technology et 97 % de ces investissements ont eu lieu aux Etats-Unis, en Chine et en Corée du Sud. Inutile de rappeler que ces pays pratiquent assidument des partenariats public-privé pour s’imposer. Nul doute que ces nouveaux grands acteurs de l’éducation visent une part de marché dominante. C’est leur logique. C’est aussi celle de leurs actionnaires La France est donc en train de prendre un risque majeur pour la protection de ses intérêts intellectuels, économiques et culturels. Veut-on laisser l’éducation de nos enfants aux mains de géants venus d’ailleurs ? Pourtant, un vivier de start-up dynamiques se développe dans l’Edtech en France. 

La France a besoin d’une réelle mobilisation publique/ privée pour donner de l’impulsion à ce secteur et investir dans les innovateurs de demain. C’est maintenant qu’il faut agir.C’est l’engagement que j’ai pris en créant EDUCAPITAL, le premier fonds européen dédié au secteur de l’éducation et de la formation et dont l’objectif est de faire émerger les champions français de l’Edtech de demain.


L'auteur


Marie-Christine Levet 
est l’une des figures pionnières de l’internet en France et dispose de plus de 20 années d’expérience professionnelle dans le secteur des nouvelles technologies à la fois en tant qu’entrepreneur et d’investisseur. Elle a dirigé plusieurs grandes marques de l’Internet Français. Aujourd’hui, Marie-Christine partage son temps entre Les Entrepreneurs Réunis, conseil auprès de start-up et la création d’Educapital. Marie-Christine est diplômée d’HEC et de l’INSEAD.

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