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Revue TELECOM 184 - L'Edtech : un marché prometteur mais encore trop peu investi

Articles Revue TELECOM

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30/03/2017

 

L’EDTECH : UN MARCHÉ

PROMETTEUR MAIS ENCORE

TROP PEU INVESTI



Par Salah Ben Kacem, Philippe Heurtaux, Mathieu Renault dans
la revue TELECOM n° 184

 


Trois élèves de Télécom ParisTech ont accompagné le jury du Prix des Technologies Numériques pour lui permettre d’identifier et de sélectionner les start-up françaises innovantes du secteur de l’Edtech.


Encadrés par Sophie Boudin, Coordinatrice de la Chaire Entrepreneuriat Numérique Etudiant à Télécom ParisTech, Caroline Rizza, enseignant chercheur à Télécom ParisTech et par Gilles Vaqué (1998), co-fondateur de PMP et membre du jury, Mathieu, Philippe et Salah ont réalisé un travail méthodique de veille pour proposer un panel des start-up prometteuses qui emploient les nouvelles technologies afin d’améliorer l’éducation et qui sont éligibles pour se voir décerner le Prix des Technologies Numériques.

Ces recherches, sur lesquelles le jury s’est fondé pour élire les lauréats des prix de l’objet connecté et de l’innovation, leur ont également permis de progresser dans leur compréhension des enjeux associés à l’Edtech.
 

Philippe Heurtaux (2017)

Double diplôme Télécom ParisTech, 
HEC Paris

“Grâce à la Fondation Télécom, j’ai pu dans le cadre d’un projet d’open innovation faire un premier pas dans l’Edtech en réalisant une application éducative d’aide aux enfants dyspraxiques. Le PTN m’a permis de poursuivre mon intérêt dans le domaine en me donnant l’opportunité de scanner l’écosystème des start-up et de mieux comprendre ses enjeux.
Mon coup de cœur revient à 360 Learning qui propose une solution de formation professionnelle complète où l’accent est mis sur l’adaptation du cours à l’individu qui le suit et non l’inverse.”

https://www.linkedin.com/in/philippe-heurtaux-03a345a2


Déjà sensibilisés à l’innovation, par la complémentarité des approches pédagogiques mobilisées à Télécom ParisTech, leur implication dans le projet leur a par ailleurs donné une vision de l’innovation et de la disruption au sein de l’Edtech, qu’elle soit portée par une invention, un produit, un service, une technologie ou encore un usage. Ils livrent ici leurs impressions.

 

Salah Ben Kacem (2017)

Double diplôme Télécom ParisTech, Université Paris-Dauphine

“Au cours de mes années d’études à Télécom ParisTech, j’ai pu réaliser un projet intitulé Weco, ayant pour but de réduire la consommation en eau, en électricité et en denrées alimentaires au sein d’un immeuble, tout en répondant à la problématique du réchauffement climatique. J’ai ainsi pu me confronter et expérimenter les différentes problématiques liées à la création de start-up. Le PTN m’a permis de poursuivre mon intérêt pour l’innovation en me donnant l’opportunité d’être au contact des différentes start-up de l’écosystème Edtech et de comprendre les enjeux associés à ce secteur.

Parallèlement, lors de la sélection des différentes start-up, mon coup de cœur était revenu à Manzalab qui propose une solution de corporate training reposant sur l'expérimentation et la gamification du processus d’apprentissage.”

www.linkedin.com/in/salah-ben-kacem-0b9aabb4

 

L’aube d’une révolution


Aujourd’hui l’éducation traditionnelle ne détient plus le monopole de l’information. Quiconque désirant apprendre quelque chose commence son apprentissage par une recherche internet. L’apparition des MOOC (Massive Online Open Classrooms) avec Coursera est le premier tournant dans la modernisation de l’éducation. Le secteur est estimé en 2015 à près de cinq trilliards de dollars avec uniquement 2% de l’éducation qui est digitalisée contre 30% pour des secteurs comme la presse ou l’édition1. L’Edtech a donc une opportunité de croissance formidable.

Cependant, il existe de nombreux enjeux à surmonter. Le manque d’investissement comparé aux autres secteurs (4,5 milliards de dollars investis dans l’Edtech à comparer à un investissement global en capital-risque de 148 milliards de dollars sur l’année 20152) freine le développement des start-up. Le cycle de décision long de l’Education nationale et des établissements scolaires, complexifie le lancement de projets innovants par le biais de start-up.

Sans surprise, l’essentiel du marché se situe surtout sur la formation professionnelle, elle-même au cœur d’enjeux nouveaux tels que ceux de la formation tout au long de la vie.
 

Les tendances de l’Edtech
 

C’est en partant de l’utilisateur final que nous avons pu segmenter et recenser les start-up du secteur. On a pu ainsi distinguer deux tendances : une première tendance, orientée sur la formation professionnelle et l’enseignement secondaire ; une seconde tendance focalisée sur l’école maternelle et l’enseignement primaire, l’apprentissage des langues ou bien encore l’orientation.

De cette première analyse sectorielle se dégage les grandes tendances de l’Edtech à savoir l'apprentissage personnalisé et adaptatif qui emploie les dernières innovations en Big Data ainsi qu’en Intelligence Artificielle (IA) ; la gamification qui révolutionne l’expérience utilisateur dans l’apprentissage ; les plates-formes collaboratives de partage et d’échange qui prennent en compte les nouveaux modes d’interaction que permettent les nouvelles technologies ; l’apprentissage du code aux enfants ainsi que l’intégration des nouvelles technologies dans les salles de classe et l’enseignement traditionnel.

                                   

Cependant, les business models restent encore à inventer car peu de start-up ont jusqu’à présent confirmé leur concept et sont devenues rentables. Certaines start-up bien qu’innovantes, en s’attaquant par exemple au manque de formation des enseignants comme Eduvoices ou à l’apprentissage de la lecture à l’aide d’une IA comme Lalilo, n’ont pas encore su faire leurs preuves face aux investisseurs.
 

Un marché français qui gagnerait à adopter l’American way of life
 

Si aujourd’hui, les start-up françaises ayant trait à l’Edtech fleurissent en nombre, l’expérience tend à montrer qu’elles peinent à s’inscrire dans la durée. Alors que nous avons délimité, grâce à nos recherches, le marché français de l’Edtech à environ 250 start-up, nous avons constaté que seulement 10% d’entre elles ont su réaliser une levée de fonds depuis leur création. Ce faible taux s’explique notamment par l’absence de fonds d’investissement dédiés à ce secteur en France. En effet, les fonds d’investissement classiques peinent parfois à appréhender les longs cycles de rentabilité de l’Edtech ou les business models souvent bien spécifiques de cet écosystème.

La situation est bien différente outre-Atlantique. Ainsi, en 2015, aux Etats-Unis, il y a eu neuf fois plus de levées de fonds qu’en France3. Les Etats-Unis possèdent, certes, un nombre d’étudiants plus important que la France, mais dans des proportions moindres - seulement quatre fois plus d’étudiants4,5. Le rapport nombre de levées de fonds/nombre d’étudiants est, ainsi, deux fois plus important aux Etats-Unis qu’en France. Cet écart semble être corrélé avec l’existence de fonds d’investissement dédiés à l’Edtech aux Etats-Unis tels que Spark Capital, Kaport ou Learn Capital.


La croissance des start-up Edtech françaises pourrait donc dépendre de la création de fonds d’investissement dédiés à ce secteur. Par ailleurs, certaines mesures politiques pourraient également permettre d’accélérer leur développement puisque qu’aux Etats-Unis, par exemple, chaque district scolaire (au nombre de 14 0006) possède un budget dédié à l’Edtech.





 

Mathieu Renault (2017)

Double diplôme Télécom ParisTech, 
HEC Paris

“Lors de mes études à Télécom ParisTech, j’ai eu l’opportunité de lancer ma première start-up avec un ami. Notre domaine d’action était bien éloigné de celui de l’EdTech puisque nous nous concentrions sur la réparation d’iPhones. Néanmoins, en travaillant sur le PTN, j’ai pu retrouver quelques similarités dans les problématiques qui étaient les miennes et qui sont aujourd’hui celles de centaines d’entrepreneurs de l’Edtech. Le PTN a été une expérience particulièrement enrichissante pour moi dans la mesure où elle m’a permis de découvrir un nouvel univers - celui de l’Edtech - ainsi que d’échanger avec des entrepreneurs passionnés.

Mon coup de cœur revient à Kartable. C’est une structure que j’ai découverte grâce au PTN et qui me semble révolutionner véritablement le soutien scolaire.”

https://www.linkedin.com/in/renaultmathieu



Les grands absents : les Objets connectés éducatifs
 

Parallèlement, afin de permettre au jury de décerner le prix de l’objet connecté, nous avons dû nous pencher sur ces innovations dans le secteur de l’éducation. Nous avons ainsi orienté nos recherches spécifiquement sur les start-up et entreprises françaises ayant développé un objet numérique pour des usages grand public dans le monde de l’Edtech. Nous avons ainsi pu établir un panel des start-up prometteuses dans ce domaine bien précis.

Notre démarche s’est d’abord efforcée de mettre en évidence les avancées technologiques réalisées dans ce domaine à l’étranger. Ce secteur est ainsi assez développé aux Etats-Unis et en Asie de l’Est, principalement au Japon et en Corée du Sud, où de multiples entreprises et start-up ont su commercialiser des objets connectés en lien avec l’éducation7. Nous pouvons prendre l’exemple du robot éducatif et interactif Honeybot, développé par l’entrepreneur chinois ZhongLiu Chen et commercialisé en 2016. Ceci nous a permis d’établir un constat : le retard du marché des objets connectés dans l’Edtech en France par rapport aux marchés concurrents. Ces acteurs sont en effet peu nombreux en France. Par ailleurs, les principaux acteurs français que sont Marbotic, Leka ou Lunii, ont une cible d’utilisateurs très spécifique puisqu’ils s’adressent à des enfants en période d’éveil ou bien en retard.

Nous formulons cependant l’hypothèse que les objets connectés pourraient faire le lien entre éducation et loisir en proposant un apprentissage ludique et interactif, tout en familiarisant les nouvelles générations à l’utilisation de ces technologies. Cet aspect constitue selon nous un des grands challenges que les start-up françaises de l’Edtech devront relever dans les prochaines années.

Ce travail de veille nous a donc permis de comprendre les enjeux du monde de l’Edtech. En effet, les nouvelles technologies envahissent le monde éducatif et révolutionnent nos processus d’apprentissages. L’Edtech est donc devenu un marché prometteur où fleurissent de nombreuses start-up proposant chacune une solution différente à un problème identifié. Cependant, le marché français reste peu développé en comparaison avec ces principaux concurrents américains et asiatiques : manque de fonds investis, peu d’acteurs proposant des objets numériques éducatifs… Ainsi, l’implication massive de différents acteurs apportera un souffle nouveau à l’éducation, en phase avec les aspirations des nouvelles générations.
 


Sophie Boudin,

Coordinatrice de la CENE - Chaire Entrepreneuriat Numérique Etudiant - 
à Télécom ParisTech

Après avoir travaillé dans différentes start-up tech et avoir monté plusieurs projets autour des sujets de l'éducation et de l'entrepreneuriat social, Sophie Boudin accompagne aujourd'hui les étudiants qui souhaitent monter leurs start-up à Télécom ParisTech."

 

1/ http://ecosystem.edtechxeurope.com/2016-edtech-report
2/ http://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/ey-global-venture-capital-trends-2015/$FILE/ey-global-venture-capital-trends-2015.pdf
3/ https://www.edsurge.com/news/2015-07-29-education-technology-deals-reach-1-6-billion-in-first-half-of-2015
4/ https://nces.ed.gov/fastfacts/display.asp?id=372
5/ http://www.education.gouv.fr/cid57111/l-education-nationale-en-chiffres.html
6/ https://www.census.gov/did/www/schooldistricts/
7/ http://www.objetconnecte.net/honeybot-robot-enfant-2016/



 

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