TELECOM PARIS ALUMNI
Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 184 - Les Edtech, un marché au potentiel considérable mais encore peu exploité

Articles Revue TELECOM

-

15/03/2017


LES EDTECH, UN MARCHE

AU POTENTIEL

CONSIDERABLE

MAIS ENCORE PEU

EXPLOITÉ

 


Par Victor Gaeremynck dans la revue TELECOM n° 184

 

Les acteurs de l’éducation tardent à intégrer le digital dans leurs pratiques, alors que nombre d’industries comparables ont démarré leur conversion dès le début des années 2000. Le potentiel d’innovation, de croissance et d’impact sociétal est pourtant considérable. Quelles sont donc les raisons qui freinent la transformation de l’industrie de l’éducation ?


Les Edtech en France et dans le monde


D’après EdtechXEurope, l’organisation européenne pour le développement des technologies dans l’éducation (les « Edtech »), le digital dans ce domaine ne représentait en 2016 que 3% d’un marché global d’environ cinq trillions de dollars. A titre comparatif, dans les industries de contenus (médias, édition, musique,…), la part du digital a atteint depuis plusieurs années 35% d’un marché trois fois moins important que celui de l’éducation. Ainsi, le potentiel de croissance est immense, cependant ce marché peine à se structurer et à se développer réellement, c’est le cas dans le monde entier et notamment en France.


Sans surprise, le marché le plus dynamique dans ce domaine est celui des Etats-Unis, il concentre la moitié des investissements mondiaux dans le secteur des Edtech. A titre illustratif, les start-up américaines ont réalisé en 2015 des levées de fonds à hauteur de 491M€ contre 10M€ en France. La Chine représente quant à elle 30 à 40% des investissements dans ce secteur et compte déjà une quinzaine d’entreprises dont la valorisation dépasse un milliard de dollars. Les pays émergents, malgré le manque d’infrastructures, ont en effet le potentiel de croissance le plus important car ils rassemblent 50 % de la population connectée et 90 % des moins de 30 ans.






 

                                                              
                                                            

Levées de fonds Edtech France vs US. Victor Wacrenier,
                                                               CEO d'Appscho et président d'Ed21.

 


L’écosystème européen n’est pas en reste, il est dynamique mais reste encore très fragmenté et sous-capitalisé. Le nombre d’entreprises Edtech en Europe est estimé à environ 4 000, dont 350 en France, mais très peu ont atteint une taille critique comme c’est le cas aux États-Unis et en Chine. Les signaux sont ainsi positifs mais le chemin à parcourir est encore important. En France, le volume des investissements a été multiplié par cinq entre 2012 et 2016, et 2016 a été l’année de la création des premiers fonds d’investissement et réseau de business angels dédiés, Educapital et Ed21.

 

Un fort potentiel d’innovation et d’impact sociétal


Au-delà du potentiel de marché, il y a également un véritable enjeu sociétal dans le développement des Edtech. Parmi les 17 objectifs de développement durable pour 2030 fixés par les Etats Membres de l’ONU en 2015, celui relatif à l’éducation arrive en 4ème position : « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Les start-up Edtech proposent des solutions innovantes à même de contribuer de façon significative à l’atteinte de ces objectifs. La start-up Myfuture par exemple, incubée chez ParisTech Entrepreneurs, crée des applications afin d’aider les 14-20 ans à faire des choix d’orientation scolaire et professionnelle, avec l'objectif de favoriser l'égalité des chances face à la formation et l'emploi.
Pour rendre le système éducatif et les méthodes pédagogiques plus performantes, les entreprises Edtech sont ainsi à l’origine de solutions créatives. Outre les MOOC (Massive Open Online Courses) qui se sont largement développés ces dernières années, une des principales tendances du secteur est l’adaptive learning. Cette dernière consiste à proposer des parcours d’apprentissage personnalisés et adaptés à chaque personne, grâce à l’intelligence artificielle et la data science. La « classe inversée » est également une approche pédagogique qui se développe rapidement, dans le cadre de laquelle les élèves prennent connaissance des cours chez eux, notamment via des supports numériques, et font leurs devoirs en classe avec l’accompagnement des professeurs.
 

Des modèles atypiques


La lenteur du développement de l’industrie des Edtech s’explique de différentes façons : la complexité des modèles économiques, la longueur des processus de commercialisation et par ailleurs une inertie assez spécifique à ce domaine qui implique de nombreux acteurs. Ces barrières sont loin d’être insurmontables mais elles sont réelles, et nécessitent à la fois des formules innovantes et des capitaux pour que les entreprises puissent atteindre une taille critique.
Prenons l’exemple des MOOC qui sont la première innovation technologique dans l’éducation à s’être aussi largement répandue, au début des années 2010. De nombreux acteurs se sont développés, dont les plus connus sont Coursera, Udacity et EdX qui ont levé chacun plusieurs dizaines de millions de dollars. Ce marché n’est pas encore réellement mature et tous tâtonnent depuis plusieurs années afin de trouver un modèle économique viable. La formule la plus pertinente qui semble émerger est le libre accès aux ressources pédagogiques et la facturation aux utilisateurs de certifications validant l’acquisition de connaissances et de compétences.

Les processus de commercialisation et de décisions sont par ailleurs souvent très longs.
Ainsi en France, les entreprises qui commercialisent leurs solutions auprès de l’Enseignement Supérieur ont un processus de vente qui dure en moyenne six à sept mois et pour celles qui vendent leurs solutions aux collectivités territoriales, huit à dix mois, alors que le délai de déploiement moyen est de quatre semaines. Cela s’explique par le fait que les organisations ne sont pas encore matures sur ce sujet, rares sont celles qui ont un interlocuteur identifié. Aussi les prises de décision et la construction des offres nécessitent souvent d’impliquer de nombreux acteurs : responsables pédagogiques, responsables digital, professeurs, représentants de l’Education nationale, élèves, étudiants, parents, etc.
 

L’écosystème français a un rôle à jouer


Les raisons d’être optimistes quant à la capacité de la France à rattraper son retard et de jouer un rôle dans le développement des Edtech sont réelles. La création d’entreprise est dynamique, les opportunités de marché sont nombreuses et l’écosystème se structure peu à peu. L’innovation viendra des pure players, de ces startups qui inventent de nouveaux produits et services pour réinventer l’éducation, non pas des acteurs traditionnels. De belles entreprises existent déjà, l’enjeu est désormais de les aider à atteindre une taille critique et de les accompagner dans leurs changements d’échelles.
En 2016, Ed21 s’est structuré en accélérateur de projets Edtech et en réseau de business angels, Educapital est devenu le premier fonds d’investissement dédié. La Banque Publique d’Investissement (BPI) et Cap Digital créent en 2017 un observatoire dédié aux Edtech. L’écosystème se structure ainsi peu à peu, il doit encore être consolidé. Afin que la France devienne le leader européen du secteur, il est capital que les acteurs publics et privés y travaillent ensemble.

Poursuivez la discussion en écrivant à
victor@myfutu.re


L'auteur


Victor Gaeremynck
 
est diplômé de l’ESSCA et King’s College London. Après deux ans en fonds d’investissement et de conseil en stratégie, il a co-fondé la start-up Myfuture, accompagnée par ParisTech Entrepreneurs, l’incubateur de Télécom ParisTech.
Myfuture crée des applications web et mobile d'aide à l'orientation scolaire et professionnelle pour les 14-20 ans, avec l’ambition de permettre à chaque jeune de faire un choix qui lui correspond.

148 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Editorial Laura Peytavin et Yves Poilane

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

13 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Sevenhugs

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre

Articles Revue TELECOM

Revue TELECOM 194 - Bye Bye Barrault

User profile picture

Rédaction Revue TELECOM

12 novembre