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Revue TELECOM 185 - Questions à Louis-Aimé de Fouquières (1982)

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15/06/2017

 

 

QUESTIONS A LOUIS-AIME

 

DE FOUQUIERES (1982)

 

 

Heure milésienne propose un nouveau calendrier à mois régulier et en phase avec les saisons. David Fayon (1993) pose quelques questions à son auteur.

 

Le principe général du calendrier milésien est d’avoir des mois alternativement de 30 et de 31 jours, le dernier mois ayant soit 30 soit 31 selon que l’année est bissextile ou non. En quoi le calendrier milésien est-il disruptif par rapport aux calendriers julien et grégorien ?

La première et plus forte disruption a été le calendrier solaire de l’Égypte antique, établi plus de 3000 ans avant notre ère : 12 mois de 30 jours et 5 jours complémentaires. Avec ce calendrier, les mois n’étaient plus associés au cycle lunaire. C’est comme si on disait aujourd’hui que le jour dure 23 heures 56 minutes, ce qui est en effet la période de rotation terrestre dans un référentiel fixe par rapport aux étoiles. Ce changement de concept pour le jour n’apporte rien à l’humanité, alors que la révolution égyptienne était très utile à l’agriculture locale, car elle permettait de prévoir la crue du Nil, au solstice d’été.

Le calendrier de Jules César, qui a importé cette idée de l’Égypte, a été un changement de moindre impact pour une société déjà relativement urbanisée. La disruption était de créer une règle d’intercalation simple, celle relative à l’année bissextile, pour que les réglages du calendrier ne dépendent plus des pontifes. La réforme grégorienne, bien que promulguée elle aussi par un pontife de Rome, ne faisait qu’améliorer la règle d’intercalation pour que le calendrier ne dérive pas par rapport aux saisons.

La disruption du calendrier milésien est de systématiser la règle d’intercalation, selon ce que j’appelle le principe d’intercalation postfixe intégrale, qui est tout simplement ceci : tout jour intercalaire est ajouté ou retiré à la fin d’un cycle : à la fin d’un bimestre, c’est pourquoi c’est le deuxième mois de chaque bimestre qui a 31 jours ; à la fin de l’année, c’est pourquoi le mois à nombre variable de jours est le dernier ; à la fin d’une période de quatre ans, puisque le jour intercalaire est le dernier jour des années congrues à 3 modulo 4 : il tombe juste avant l’année bissextile ; à la fin d’un siècle, puisque les années de siècle sont par exception non bissextiles ; à la fin de quatre siècles, puisque par exception de l’exception, les années multiples de 400, comme l’an 2000, sont bissextiles. Cette caractéristique facilite les calculs de date, que ce soit mentalement ou par ordinateur. En cela, le calendrier milésien achève ce que César n’avait osé faire en raison de la superstition des Romains, pour qui février, mois des puissances infernales, devait avoir 28 jours. D’autre part le calendrier milésien est en phase avec les saisons, comme le sont les autres calendriers solaires comme les calendriers persan et indien.

 

Basculer vers un tel calendrier ne serait-il pas une gageure comme passer d’un clavier Azerty ou Qwerty à autre chose étant donné les habitudes acquises ? Le fait qu’il soit grégorien-compatible n’est-il pas une clef potentielle de succès ?

C’est en effet une gageure de passer d’un calendrier à un autre. C’est pourquoi ce calendrier ne prétend réformer que le découpage en mois, en apportant de véritables avantages à ce nouveau découpage. Le calendrier milésien ne modifie pas la semaine, rythme social que le monde entier a adopté. Il est grégorien compatible, et donc les règles de conversion sont fixes et finalement relativement simples. Il permet de retrouver le découpage en semaines ISO, le calcul de la date de Pâques et même les calculs de jours de semaine sur le principe des jours pivot proposé par le mathématicien John Conway. Il est conçu pour être employé en concurrence avec d’autres calendriers, et non à l’exclusion de ceux-ci. C’est aussi pourquoi les notations proposées empêchent toute ambiguïté avec le calendrier julien ou grégorien et entre les notations européenne et américaine.

 

Des illustrations et des formules mathématiques sont là pour illustrer les gains quant à la plus grande précision apportée avec un tel calendrier, notamment février qui est un mois encerclé par 2 mois de 31 jours et les mois de juillet et d’août qui consécutivement font 31 jours ce qui induit des imprécisions quant aux études statistiques pour les saisons par exemple. Les applications sont dans des domaines auxquels on n’aurait pas forcément pensé comme l’évolution de la calotte glaciaire boréale. Pourriez-vous nous mentionner d’autres exemples intéressants, en particulier pour les ingénieurs ?

Dans le domaine climatique, la variation de la température de surface des océans (Sea Surface Temperature, SST) suit un cycle annuel dont le minimum, en moyenne à une latitude de zone tempérée, est pratiquement le 1er tertème (1 3m), alors que le maximum est le 1er novème (1 9m). C’est pourquoi je recommande que les séries mensuelles de données climatiques soient fournies par mois milésien : ce référentiel, en phase avec ce cycle, me paraît plus pertinent pour comprendre ce phénomène. Pour l’ingénieur qui doit concevoir une indication de date sur un système embarqué où l’espace est contraint, les algorithmes sont beaucoup plus simples et plus robustes : même Microsoft n’aurait pas fait l’erreur d’ajouter un 29 février à l’année 1900 ! Plus largement, l’économiste qui veut comparer des phénomènes saisonniers, le chef de projet qui veut déterminer facilement les dates de congés, l’historien qui veut donner une date caractéristique disposent d’un référentiel plus fiable que les calendriers ordinaires. L’amateur de sorties en mer peut plus facilement anticiper les horaires de marée à la prochaine saison sur les côtes qu’il connaît. Tout le monde peut y trouver son intérêt.

 

Le livre est adossé à un site (www.calendriermilesien.org). Comment est venue cette idée du calendrier milésien ? Quelles sont les prochaines étapes ? Et qui pourrait être intéressé pour une éventuelle bascule du calendrier grégorien vers le milésien (pouvoirs publics, industrie des montres, historiens, personnalités, etc.) ?

C’est à la fois une idée ancienne, car dès l’enfance j’ai été interpellé par la série irrégulière des mois et les dates bizarres des solstices et équinoxes, et une question actuelle avec la prise de conscience du changement climatique. Le désordre créé par la réforme grégorienne, qui fait que la même date peut désigner deux moments distants de plusieurs jours, les confusions de désignation de jours à l’américaine (mois/jour/année) et à l’européenne (jour/mois/année), puis le bogue de Microsoft et son 29 février 1900 qui n’existe pas, n’ont fait que renforcer ma conviction qu’il faut passer à l’action. Sensibiliser les gens est désormais facile grâce à Internet et ses outils de partage des savoirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les premières cibles sont à mon avis la pédagogie et la divulgation scientifique. Il me paraît intéressant de décrire le cycle des saisons sur un référentiel régulier et en phase, comme l’on décrit le jour en le divisant en 24 heures égales. L’on peut ainsi expliquer les irrégularités des jours, car l’on peut les mesurer. Qui sait aujourd’hui que les saisons « astronomiques » ne sont pas de même longueur ? De même, la divulgation scientifique relative aux phénomènes saisonniers peut tirer parti de ce référentiel en phase avec le temps de la Terre. Ces premières cibles sont celles pour lesquelles les arguments en faveur du calendrier milésien sont les plus intéressants. On ne remet pas en question notre calendrier d’usage, on utilise un référentiel pertinent pour le domaine d’étude, de même que les marins utilisent le mille marin plutôt que le kilomètre pour mesurer les distances sur leurs cartes. Par la suite, il me semble que les historiens ont à gagner pour décrire les événements de l’Antiquité, et pour donner des dates non ambigües pendant la cohabitation des calendriers julien et grégorien.

L’industrie horlogère peut évidemment trouver de nouvelles opportunités : on trouve des montres qui indiquent les phases de lune, on n’en trouve pas qui rendent compte des saisons.

Les pouvoirs publics peuvent dans un premier temps favoriser la promulgation des normes puis autoriser l’emploi du calendrier milésien. Cette démarche a permis d’importantes évolutions sans créer de clivages : que l’on pense à l’euro, à la feuille d’impôt électronique, au stationnement payant via le smartphone, etc.

Le premier jalon marquant est la normalisation de ce référentiel, afin qu’il puisse servir de langage commun. Et pour cela il faut faire quelques preuves dans ses domaines d’excellence. Nous n’en sommes qu’au tout début. Les ingénieurs, scientifiques, praticiens des calendriers et utilisateurs intéressés par le sujet peuvent livrer leurs commentaires, voire rejoindre la communauté des Milésiens sur le site www.calendriermilesien.org. Une aventure originale à laquelle chacun peut participer en vraie grandeur. 

 
 
 

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