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Revue TELECOM 185 - Sommes-nous à l'ère de la SMART gare ?

Articles Revue TELECOM

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15/06/2017

 

 

SOMMES-NOUS A L'ERE

 

DE LA SMART GARE ?

 

 

Par Thierry Chantriaux dans la revue TELECOM n° 185

 

Les Smart Buildings sont-ils réellement si « intelligents » ?  L’exemple des gares démontre qu’au-delà du thème bien connu de l’énergie, l’intelligence est présente dans bien d’autres domaines.

 

Qu’est-ce qu’une gare ?

Dans la science des systèmes, la gare est un cas particulièrement intéressant : à la fois mélange d’immobile et de mobilité, mix de technique et d’humain ; lieu d’échanges, de vie, d’activités, de service.

S’y côtoient des flux de nature très différente : flux piétons (jeune, seul ou à plusieurs, pressé ou non, travaillant sur place ou de passage) et flux logistiques (nécessaire à la circulation des trains, à la vie de la gare, aux commerces).

S’y côtoient des moyens de mobilité divers : train, métro, tramway, voiture, bus, vélo, et demain voiture autonome, gyropode.

On y vient pour plein de raisons différentes : prendre ou changer de moyens de transport, faire ses courses, se restaurer, travailler, se rencontrer.

La gare n’est plus un simple bâtiment mais s’impose comme une prolongation naturelle du quartier, de la ville. Elle constitue souvent un des poumons de celle-ci, un lieu où l’intensité des échanges est plus forte.

Enfin la gare est un lieu où se côtoient des usagers aux cycles différents : commuters du matin et du soir, touristes, accompagnants, utilisateurs des commerces et des services.

En résumé, une gare est un nœud complexe. En tant que tel elle constitue un très beau terrain de jeu pour la science de l’optimisation.

 

Comment faire côtoyer des utilisateurs aux besoins différents, comment être économe des ressources nécessaires au fonctionnement d’une gare

Les gares « intelligentes » telles qu’elles s’esquissent s’appuient sur la technologie pour :

• être énergétiquement frugales en utilisant les possibilités du lieu pour produire de l’énergie ;

• optimiser l’espace en gérant les flux ;

• contrôler le fonctionnement des installations ;

• apporter l’information attendue par les usagers.

 

Concrètement

L’énergie :

Les moyens de rendre un bâtiment énergétiquement performant sont largement connus même s’ils ne sont que progressivement déployés en raison pour partie du cycle de vie long des bâtiments et de contraintes administratives. Il s’agit de concevoir localement de l’énergie, de la stocker, de rendre confortable (chauffer ou refroidir) des espaces semi-ouverts. Il s’agit de privilégier la mobilité électrique, de récupérer l’énergie de freinage. Enfin il s’agit de faire de nous, usagers, des consommateurs moins gourmands en énergie. Les exemples sont à foison, depuis le choix des sources lumineuses basse consommation, le pilotage au plus juste des points d’éclairage, le délestage, la production d’électricité par géothermie, solaire voire la conception de bâtiment bioclimatique (cas de la gare de Bellegarde).

L’optimisation des flux :

La bonne gestion des flux (de personne comme de logistique) impacte à double titre la conception des gares. Elle permet de gérer davantage de flux dans un espace donné ; permettant ainsi une économie d’espace. Elle permet également d’assurer le bien-être aux personnes par l’espace qu’elle donne à chacun. Les espaces recevant du public peuvent avoir un caractère anxiogène que l’optimisation des flux permet d’atténuer voire de supprimer. Les traces WIFI, les logiciels de simulation permettent aujourd’hui de comprendre, d’anticiper et de gérer en temps réel les flux de personnes et de biens. Les études en cours concernent également la qualité des espaces. Comprendre le comportement et les attentes des usagers conduit à concevoir différemment les espaces, à en faire des lieux plus confortables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le contrôle des installations :

L’abaissement du coût des capteurs, la capacité à les ajouter sur des installations existantes même anciennes permettent aujourd’hui de suivre, contrôler et commander efficacement les installations techniques. Devant l’afflux des données collectées le rôle des superviseurs reste essentiel. Les outils existent.

L’information :

La gare est un lieu de passage. En tant que tel, les utilisateurs doivent savoir à tout moment se repérer dans l’espace et dans le temps. La gare intelligente mixe différents moyens pour transmettre les informations. Qu’ils soient collectifs (écrans d’affichage, signalétique) ou personnels (smartphones), l’enjeu est pour chacun de pouvoir disposer de l’information souhaitée au bon moment. Le but est également d’éviter la surexposition à l’information. Alors que la gare est un lieu du mouvement pour certains anxiogènes, la conception d’une gare intelligente conduit à mixer les approches, à jouer sur l’organisation des lieux, la qualité des espaces.

La prise en compte du cycle de vie :

Concevoir une gare intelligente suppose également le déploiement d’une attention portée à l’ensemble du cycle de vie de l’ouvrage. Depuis la phase de conception, la construction, l’exploitation, la maintenance et les évolutions futures du bâtiment, il convient de garder à l’esprit les notions d’efficacité, de performance, de frugalité.

En phase de conception, les techniques de simulation, d’expérimentation ; les représentations en réalité virtuelle ou augmentée permettent désormais de concevoir au plus juste, de vérifier l’adéquation entre le bâtiment imaginé par les concepteurs et l’attente des futurs exploitants et des utilisateurs. Concevoir une gare intelligente suppose aujourd’hui d’intégrer des 1ers éléments de flexibilité. Flexibilité des espaces, des mobiliers, des fonctions. A l’évidence les progrès technologiques en cours sur les matériaux, sur la robotisation nous conduisent vers cette flexibilité : promesse d’une capacité à s’adapter dans le temps long (mais aussi court) aux besoins des usagers. L’intelligence sera aussi dans cette flexibilité.

En phase de construction, l’intelligence d’une gare doit se traduire notamment dans l’empreinte qu’elle laisse. Economie circulaire, sourcing des matériaux, empreinte énergétique, consommation de CO2, les sujets et possibilités sont nombreux. Dans cette phase, une gare intelligente se doit d’être capable de limiter les reprises, les malfaçons. Comment faire bien du premier coup. Les outils d’aide sont particulièrement prometteurs. Outils d’aide à la préparation des chantiers, au montage en usine et enfin au montage sur site.

En phase d’exploitation, l’intelligence d’une gare va se retrouver dans sa capacité à décliner jour après jour les promesses clients qu’elle incarne. Cela va passer par le pilotage et le maintien en condition opérationnelle des équipements qui la composent. Les données collectées par les capteurs multiples et la description de plus en plus précise des équipements permettent d’ores et déjà d’entrer dans l’ère de la maintenance prédictive. Concevoir une smart gare suppose donc d’intégrer de manière effective la maintenabilité des ouvrages. Là encore les techniques de réalitéaugmentée sont en passe de révolutionner la maintenance.

Finalement une gare intelligente n’est-ce pas tout simplement une gare conçue et exploitée dans le souci de l’économie (de moyens, de fourniture, d'espace) et disposant d’une flexibilité permettant de s’adapter aux usages actuels et futurs. Une gare contrôlée intelligemment par des exploitants maîtrisant des outils adaptés. Une gare simple d’utilisation via une information adaptée à tous les usagers. En clair une gare intelligemment conçue.

 

L'auteur

 

Thierry Chantriaux Directeur général du groupe Arep. AREP, filiale de SNCF Gares et Connexion conçoit des gares en France et dans le monde entier avec plus de 100 M€ de chiffre d’affaires. C’est un acteur majeur de la conception des lieux recevant du public.

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