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Revue TELECOM 186 - Télécom ParisTalks Les objets connectés : Gadgets ou technologie indispensable à l'excellence en médecine 4P1 ?

Articles Revue TELECOM

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15/10/2017

 

TELECOM PARIS TALKS

Les objets connectés : 

Gadgets ou technologie

indispensable à l’excellence

en médecine 4P1 ?

 

Par Alain Tassy (1982) co-président du groupe santé dans la revue TELECOM 186
Synthèse de la conférence du 22 Juin 2017

                               

Participants

Alexis Normand, Nokia

Catherine Touvrey, Directrice générale, Harmonie Mutuelle

Philippe CIRRE, Délégué, DSSIS

Laurent Bouskela, Connected Health & IoT product manager, Orange

Pierre DesmaraisAvocat à la Cour, Correspondant Informatique et Libertés

Laurent Levasseur, Président du Directoire, Bluelinea

Sébastien David, Senior sales manager, Oracle

Dr Marie-Dominique Lussier, Gériatre, Responsable Programme Parcours, ANAP

Dr Arnaud Depil-Duval, Urgentiste, Centre hospitalier Eure Seine

 

Le marché des objets connectés de santé (IoMT, Internet of Medical Things) est en forte croissance à l’étranger. Il est estimé à plus de 400 milliards de USD en 2022. Le développement du Big Datapermet de traiter de très grandes quantités de données générées par ces objets et l’Intelligence Artificielle offre des analyses en temps réel. L’usage des IoMT a démarré avec le bien-être. Cela a permis aux industriels de le développer en s’affranchissant des contraintes réglementaires du monde médical et de la CNIL. A l’étranger, les IoMT sont utilisés pour combler l’espace vide entre deux consultations et offrir des services de santé hors du monde médical. Par ailleurs ils génèrent un très grand nombre de mesures utiles pour la recherche.

Le rôle des médecins, traditionnellement la consultation médicale, va évoluer avec les IoMT et le Big Data. Comme le dit le Dr Depil-Duval : « Les médecins vont devoir s’adapter ou disparaitre comme les dinosaures ». Cependant pour s’adapter, ils doivent avoir confiance dans les IoMT. Les travaux du CSF santé ont montré que la labélisation facultative semble la meilleure façon de favoriser cette confiance. Une fois celle-ci assurée, des normes doivent permettre aux médecins de récupérer facilement les données collectées.


Labélisation et normalisation

Aujourd’hui HL7 et EHR sont les standards les plus utilisés dans le format des données. Pour l’inscription et l’attribution des données, Continua est en cours de définition. Il se développe en Europe et a déjà été retenu par les pays nordiques, la Suisse et l’Autriche ainsi que par l’ONC aux USA. Les fabricants sont conscients que les IoMT devront communiquer facilement et s’intégrer rapidement, à moindre coût, dans les programmes de suivi. Pour être efficace et sécuriser les échanges de données, le standard doit être adopté par tous les acteurs de l’écosystème et être intégré dans les systèmes d’information.


Vers une médecine 4P

L’espérance de vie a augmenté de 18 mois tous les cinq ans, mais seulement de six mois en bonne santé sur la même période. La société Bluelinea accompagne les personnes pour bien vieillir et utilise des IoMT pour le suivi à domicile de ses clients. La qualité du service et la valeur ajoutée sont apportées par la plate-forme H24 qui gère les IoMT. La prévention, la prévenance et l’éducation thérapeutique, propres à la médecine 4P, sont les points essentiels du suivi, particulièrement pour les personnes de plus de 80 ans qui vivent majoritairement avec des maladies chroniques. Les mesures doivent être croisées avec des facteurs de risques psychiques. Mais un problème est l’adaptation des objets connectés aux utilisateurs. La SFTAG (société française des technologies adaptées à l’autonomie et à la gériatrie) estime qu’il reste beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.

Une autre composante faisant partie intégrante de la médecine 4P est la nutrition. Ainsi, certaines applications mobiles permettent de contrôler l’apport protéinique et aide à modifier les comportements.


L’évolution des services de santé

Le numérique crée de nouveaux territoires de santé. Si le corps médical ne s’approprie pas ces technologies les assureurs prendront le leadership, comme aux USA où ils sont devenus les chefs d’orchestre du parcours de santé. En France, Harmonie Mutuelle représente 18% du marché. Contrairement aux assureurs classiques, elle est opérateur de soins et de services couvrant une quinzaine de métiers, des crèches aux hôpitaux en passant par les EHPAD et les soins à domicile. D’après C. Tourey, le terme qui caractérise le mieux l’évolution de son métier est la disruption : « Accélération de la société qui génère une perte de repères chez l’individu »2. Pour répondre aux besoins de ses clients, Harmonie Mutuelle vend des IoMT et a mis en place un guide pour évaluer la qualité de la protection des données, du juridique et de l’éthique.

La complémentaire santé est de moins en moins un assureur dont le rôle est de couvrir un risque. Elle devient un acteur de la gestion des parcours de santé bien au-delà de l’acte de soin. La structure de ses coûts va fortement évoluer ce qui provoquera la concentration des acteurs.

Aujourd’hui la CNAMTS prend en charge des équipements et des prestations associées pour la télésurveillance de certaines pathologies. Cela permet d’envisager un nouveau business model viable si ces expérimentations sont pérennisées.


L’excellence en médecine

La disruption provoquée par le IoMT et la médecine 4P touche tous les médecins. Cependant le Dr Depil-Duval met en garde sur les plates-formes participatives de conseils médicaux où les patients échangent entre eux. De plus ni les IoMT ni l’IA ne remplaceront le médecin car il est difficile de modéliser la relation médecin/patient qui fonctionne sur la confiance.

La conception des IoMT devra être un travail collectif entre le corps médical, les industriels et les patients et prendre en compte les contraintes européennes en matière de sécurité des données : privacy by design. Ce n’est pas la quantité de données qui est importante, mais l’objectif médical des mesures. Cette notion est clef et vient s’ajouter à la nécessité de croiser les mesures physiologiques aux données environnementales.

Par exemple, pour la Coupe de l’América, Oracle a utilisé plus de 500 capteurs sur le bateau et l’équipage pour orienter l’entrainement et augmenter la puissance. Ainsi les performances sont passées de 200W à 300W développés pendant 20 mn et des marins tenaient plus de 8 mn avec des fréquences cardiaques supérieures à 160 tout en gardant la lucidité nécessaire aux manœuvres.

Le mouvement sportif a développé des protocoles utilisant des IoMT pour obtenir l’excellence. Ceux-ci restent à définir dans beaucoup de domaines médicaux. De plus les difficultés des médecins à prescrire l’usage des objets connectés s’apparente à celles rencontrées dans le sport sur ordonnance. Le monde de la santé évolue mais le système de santé français a bien du mal à suivre ces évolutions.


Conclusion

Les IoMT grands publics sont de plus en plus adoptés pour des usages professionnels. Leur utilisation intervient dans de nouveaux protocoles médicaux, essentiellement à l’étranger.

Les médecins devront s’adapter à ces nouvelles technologies et endosser le rôle de coordinateur du parcours de soin, bien au-delà de la prescription de médicaments ou d’actes curatifs. Le métier des complémentaires santé est déjà en train d’évoluer en basculant de l’assurance vers la vente de produits et de services. Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des affections de longue durée, la prévention, la prédiction, la participation du patient et la personnalisation du suivi de la santé deviennent les éléments clefs de la médecine de demain. Dans la pratique et la réalité quotidienne, rien n’a réellement évolué depuis deux ans. Cela vient d’un blocage des systèmes d’information et du manque de standards.

Les objectifs fixés pour notre système de santé permettront-t-ils aux français de profiter d’une médecine 4P d’excellence, comme ce fut le cas dans la médecine du XXe siècle ? Si la France est médaille d’or de la longévité, la durée de vie en bonne santé y est plus courte que dans beaucoup de pays européens, en particulier les pays nordiques. Est-ce le bon choix de société ? 

 

1/ Médecine 4P : 
Préventive : La prévention active du risque doit être développée. 
Personnalisée : Ces approches doivent tenir compte des risques individuels. Approches ciblées. 
Participative : La participation des patients et/ou des groupes de patients est indispensable pour une prévention et un traitement efficace.
Prédictive : Chaque individu (ou groupe d’individus) présente un risque différent de développer une maladie indépendamment du poids des facteurs environnementaux. Ces risques doivent être finement caractérisés. 
Cette notion a été introduite en 2003 par Dr. Leroy Hood, M.D., Ph.D., Founder and Board Chair du 4P medicine institute.**
source : *http://www.dhu2020.org/images/2-HLM.pdf
**http://p4mi.org/leroy-hood-md-phd

2/ https://fr.wiktionary.org/wiki/disruption

 

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