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Revue TELECOM 187 - L'IA une opportunité historique

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15/12/2017

L'IA UNE OPPORTUNITE HISTORIQUE

Par Roland Fitoussi (1969) dans la revue TELECOM n° 187
 

La quatrième révolution industrielle a commencé. Le digital, l’intelligence artificielle, la robotique, les biotechnologies, la génomique font chacun des progrès disruptifs. De plus, une fertilisation croisée en décuple l’impact. Le numérique concerne tous les produits et services : la miniaturisation des composants électroniques permet d’insérer des puces intelligentes dans tous les objets de la vie courante, dans les dispositifs médicaux et dans l’organisation des villes. Leur capacité de mémorisation et de calcul est utilisée par des algorithmes de plus en plus sophistiqués pour remplacer l’intervention humaine non seulement dans les décisions répétitives, mais aussi dans des situations uniques où des corrélations multiples entre des millions de données produisent une décision pertinente. Et les réseaux télécoms qui couvrent la planète permettent l’interconnexion de ces dispositifs et de cette multitude d’informations.

 

Depuis le début de la décennie en cours, des percées majeures se synchronisent dans trois domaines complémentaires : la puissance de calcul des ordinateurs, capables d’effectuer plusieurs milliards d’opérations par seconde, ouvre la possibilité de dérouler en quelques secondes des algorithmes complexes ; les techniques de stockage de bases de données gigantesques et diversifiées permettent d’accroitre la pertinence de ces algorithmes ; la miniaturisation extrême des puces, qui enregistrent et traitent les données captées offre l’opportunité de placer des capteurs intelligents dans tous les objets de la vie courante, y compris les vêtements, et même dans l’organisme humain. Tant que l’un de ces trois maillons était d’une performance technologique insuffisante, la connexion entre objets connectés, algorithmes et interfaces digitaux ne pouvait pas autoriser l’obtention de services reposant sur l’intelligence artificielle comme l’assistance médicale pour un patient connecté, la domotique pilotée à distance et des milliers d’autres.

Ce big bang technologique a catalysé la révolution de l’intelligence artificielle (IA) qui concerne tous les domaines d’activités. Elle produit des ruptures innovantes si profondes dans chacun que, non seulement le jeu concurrentiel est bouleversé dans les activités marchandes, mais que les frontières elles-mêmes des activités se déplacent. Quoi de commun entre l’activité pharmaceutique d’hier, à base de médicaments, et celle de demain où la génomique livre les secrets de la vie tandis que des capteurs digitaux alertent sur la probabilité d’un accident cardiaque ou cardio-vasculaire ?

Cette révolution a commencé à transformer la vie du citoyen et celle de l’entreprise. Elle bouleverse progressivement tous les compartiments de notre société, l’industrie, bien entendu, mais aussi les infrastructures, la médecine, la défense, le droit, l’éducation, les loisirs.

Elle ouvre une nouvelle étape de la mondialisation. La première vague de mondialisation, des années 70 à 2000, a eu pour moteur la chasse aux emplois et pour résultat, une exportation de ceux-ci par millions de l’occident à l’Asie. L’acte II a pour moteur la chasse aux technologies. Il est d’une nature profondément différente et ne peut s’appréhender seulement en termes marchands. Face aux possibilités des nouvelles technologies, les enjeux sont bien plus larges que la prospérité économique. Disposer des progrès de la nouvelle médecine appuyée sur la génomique et l’intelligence artificielle, d’une agriculture plus efficiente et de l’extension de l’éducation ressort d’un enjeu civilisationnel. Dans le domaine de la sécurité, l’avantage ira aux pays ayant les technologies de protection des données sensibles détenues dans des bases de données de plus en plus nombreuses, publiques et privées, et de plus en plus riches.

 

La bataille de l’attractivité

La force de frappe technologique nécessaire pour couvrir tous les domaines de l’IA, des réseaux télécoms, des super calculateurs, des nanotechnologies, du digital, du Big Data, doit reposer sur une concentration de cerveaux inhabituelle. Même aux Etats-Unis, ces domaines en expansion entrent en concurrence avec les autres secteurs gourmands en ressources scientifiques, pour attirer les ingénieurs et techniciens tout autant que les investisseurs. Le creuset intérieur de ressources n’y suffit pas et nombre d’entreprises sont amenées à localiser leur R&D à l’étranger pour démultiplier leur accès à ces ressources humaines. Beaucoup, parmi les leaders américains, ont installé en France, des centres de recherche au sein d’écosystèmes reconnus comme Grenoble ou Montpellier.

Au sein de chaque pays avancé, se déroule depuis peu la bataille de l’attractivité.

Forts de ces constats, les États-Unis et la Chine sont à l’offensive et mobilisent des centaines de milliards de dollars dans le développement tous azimuts de l’IA. Pour aller plus vite, ils se livrent à une chasse mondiale aux entreprises de pointe et aux cerveaux. Le nombre d’entreprises technologiques acquises par la Chine et les États-Unis en Europe a été multiplié par 10 en trois ans. Cette préemption des ressources clés de la prospérité et de l’indépendance réclame, en retour, des stratégies avisées en Europe. Car, dans cet acte II de la mondialisation, les atouts scientifiques et techniques de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, peuvent permettre de rétablir la position économique de l’Europe et aussi de répondre à l’enjeu civilisationnel des nouvelles technologies.

 

Des fées autour du berceau numérique

Les forces et faiblesses françaises face aux opportunités précédemment décrites mettent en lumière pourquoi et comment nous pouvons tirer parti de la reconfiguration mondiale que vont façonner les nouvelles technologies.

Une conjonction d’évolutions favorables dote la France des ressources autorisant la construction d’une position à la pointe, car l’IA sera le cœur du réacteur pour toutes les activités du numérique. Et la science algorithmique, qui en est à l’origine, est une discipline fondatrice de l’excellence mathématique française. Une des plus belles réussites françaises du digital, l’entreprise Criteo, ferraille maintenant avec les américains en s’étant implanté dans la Silicon Valley. Le retargeting de Critéo repose sur une innovation algorithmique.

Dans les activités où l’IA va jouer un rôle de modernisation voire de mutation, des projets existent déjà en France :

• des villes sont portées par une dynamique de compétition avec d’autres communautés urbaines du monde pour leur transformation en smart city.

• dans les satellites, dont découle grâce à l’IA de multiples applications dans la surveillance civile (cultures, zones sinistrées) et militaires, la France est présente grâce à Eutelsat.

• dans la santé dont la prééminence française, saluée plusieurs fois par des prix Nobel de médecine s’étend déjà aux avancées du numérique avec, par exemple, des prothèses adaptatives mises au point à l’INSERM.

Ces réalisations contribuent à l’image de la French Tech qui attire investisseurs et étudiants. Les innovations pétillent pour l’animer. Un grand nombre d’entre elles ont été présentées en 2016 au CES de Las Vegas, le forum qui concentre la fine fleur de la high tech. La French Tech se déploie dans les pays les plus dynamiques pour la course aux innovations technologiques. Le French Tech Hub, organise un réseau couvrant New York, la Silicon Valley, Tokyo, Hong Kong, Londres, Tel-Aviv, Moscou, Montréal, Barcelone, Le Cap. Des projets croisés entre pôles de compétitivité français et étrangers sont en place dans certains domaines où les atouts distinctifs de chacun se renforcent par croisement.

John Chambers, président de Cisco, leader des routeurs internet, fait remarquer que « en France un écosystème dynamique nourri et ambitieux, similaire à celui de la Silicon Valley, est engagé et porte déjà ses fruits ».

Avec de telles fées autour de son berceau numérique, la France est à la croisée des chemins. Elle peut jouer un rôle à la pointe en Europe et porter l’édification européenne d’une troisième puissance entre celle des Etats-Unis et celle de la Chine. Elle peut, alternativement, n’être qu’une sorte de grand carrefour de R&D dont les ressources sont achetées par des prédateurs aux poches profondes dont on a mentionné l’activisme pour conserver leurs positons mondiales.

C’est l’efficacité du tandem sphère publique-privé qui décidera de l’avenir et c’est l’affaire des cinq ou dix prochaines années, pas davantage, car c’est sur cet horizon que les positons vont se construire. 

 

 

Biographie de l'auteur

 

Roland Fitoussi (1969) est ingénieur des télécoms et économiste.

Après avoir fondé et développé Solving International il s’est consacré au domaine du digital. Il est Président de SQLI, un leader des applications digitales, et animateur d’une structure de développement de start-up dans l’intelligence artificielle.

 
 
 

 

 

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