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Revue TELECOM 188 - Editorial par Louis Fernique

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15/03/2018



EDITORIAL



Par Louis Fernique Chef de la Mission des transports intelligents - Ministère de la transition
écologique et solidaire / Ministère des transports dans la revue 
TELECOM N° 188


On a pu imaginer dans les années 2000, sur la foi de quelques signaux forts, que la course à la mobilité physique relèverait tôt ou tard d’un paradigme périmé : outre la prise de conscience planétaire que nous allions rencontrer quelques murs en travers de notre trajectoire (énergie, environnement, climat), la première vague de la révolution digitale (autour de l’Internet et des technologies de communication) avait ouvert de larges perspectives de dématérialisation des échanges : télétravail, téléconsommation, télédémarches, télémédecine… télé-tout ! On glissait vers un monde de mobilités virtuelles. Jusqu’à l’impression 3D qui préfigurait la dématérialisation du transfert de marchandises, un premier ersatz de téléportation !

Au contraire, dix ans plus tard, la facilitation des mobilités physiques (porteuse de surmobilité ?), est redevenue courant dominant. Quoiqu’on en dise et quelles que soient les disruptions technologiques en jeu (on peut penser à la voiture autonome comme premier applicatif de masse de l’intelligence artificielle), l’actuelle OPA du numérique sur les sujets de mobilité se développe selon des logiques ou des modèles au fond plus incrémentaux, en quelque sorte classiques : on est essentiellement dans le registre de l’optimisation des services à l’usager ou au client, avec affichage d’objectifs vertueux (verdissement, sécurité routière…) éventuellement opportunistes ou simplement coïncidants (comme l’accélération de la marche à l’électrification des véhicules, qui conduit à réviser les enjeux, mais qui ne ressort en rien du numérique).

Quelques grands chantiers typiques de cette transformation numérique des mobilités ? Les plateformes de rapprochement massif et instantané offre-demande (BlaBlaCar et autres) ; l’exploitation prédictive du Big Data pour la maintenance des parcs, la gestion des trafics ou la régulation de l’accidentalité ; les progrès colossaux du tracking intelligent autorisés par l’IoT ; le traitement et la certification par la blockchain des étapes contractuelles ou quasi-contractuelles de la supply chain (et derrière, en filigrane, la vision de l’Internet Physique) ; le véhicule connecté et ses articulations particulièrement difficiles à stabiliser et à financer avec l’infrastructure intelligente ; et bien sûr les perspectives encore floues (en dépit des feuilles de route suroptimistes affichées par les industriels et leurs très grands concurrents numériciens parmi les GAFAM) ouvertes par les futurs véhicules intégralement autonomes, tant pour le transport de voyageurs qu’en matière de logistique. On pourrait bien sûr allonger la liste dans bien d’autres directions, elle est particulièrement évolutive.

Quelques clés utiles ? La disjonction production/distribution, un grand classique de l’économie digitale, qui se joue ici au moins sur deux plans :

• les opérateurs historiques du monde des transport, dans le service comme dans l’industrie, sont gravement challengés par les nouveaux entrants, affranchis des pesanteurs, contraintes et carcans régulatoires classiques, parfois délinquants ou à la marge du Code du travail, parfois sous-fiscalisés ou sous-contributeurs aux infrastructures supports –et pour quelques grands de stature supranationale, capables d’aligner des montants de R&D faramineux et de surfer durablement sur les marchés sans dégager de profits ;

• quant aux pouvoirs publics, de la collectivité locale aux instances supranationales, leurs postures traditionnelles (régulation, organisation, maîtrise d’ouvrage et délégation) et leurs valeurs totémiques (universalité, égalité…) sont massivement contournées et souvent disqualifiées par les ressorts de cette nouvelle économie (remarchandisation, ludification, désintermédiation) et, encore plus, par la cadence inédite de renouvellement voire de renversement permanent des problématiques qu’elle nous impose.

La nouvelle civilisation digitale soulève, ce n’est pas une idée neuve, quelques sujets de gouvernance, et cela apparaît de plus en plus clairement dans le champ des mobilités. C’est là l’un des chantiers mis en grande évidence par les très riches échanges des récentes Assises de la mobilité. Il est, par suite, particulièrement travaillé en vue de la formulation de la nouvelle stratégie française des mobilités. La future Loi d’orientation des mobilités - LOM, au débat parlementaire dans les tout prochains mois, adressera cette problématique, plutôt inédite en légistique : livrer un cadre de gouvernance (au sens large) refondé, pertinent, à la fois adapté à l’instant et durable, c’est-à-dire suffisamment plastique pour appréhender sur la durée une économie des mobilités irréductiblement volatile.

Biographie de l'auteur 

Louis Fernique, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, a réalisé une bonne part de sa carrière à l’international et à l’étranger (Madagascar pour la Coopération française, Washington DC puis Bruxelles pour la Banque mondiale) avant de renouer avec les administrations centrales en 2004. Depuis lors, il a mis en place l’AFITF - Agence de financement des infrastructures de transport de France, piloté un temps le Projet interministériel d’éco-redevance PL, dirigé l’ONISR - Observatoire national interministériel de la sécurité routière - puis le PREDIT- plateforme de coordination de la recherche en transports terrestres. Depuis 2015, il dirige la Mission des transports intelligents au sein de la DGITM.

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