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Revue TELECOM 192 - Comte rendu du Télécom Paris Talks 19 février 2019 Le Maas : Effet de mode ou service indispensable ? Vers la fin de la voiture particulière ?

Articles Revue TELECOM

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11/04/2019

COMPTE RENDU DU TELECOM PARIS TALKS



19 février 2019 Le Maas : Effet de mode ou service indispensable ? Vers la fin de la voiture particulière ?



Par Gérard Cambillau (1973) dans la revue TELECOM n° 192


Dans le cadre de son cycle annuel de conférences sur la transition numérique et ses impacts sur notre société, Télécom Evolution, le service de formation continue de Télécom ParisTech et Télécom ParisTech Alumni ont organisé une table ronde le 19 février 2019 sur l’émergence du nouveau concept de « Mobility as a Service », le MaaS, testé en Suède, en Finlande, en Angleterre et bientôt en France.



Les intervenants

Gros succès d’affluence pour cette table ronde qui a rassemblé plus de 150 participants pour écouter et questionner :

• deux experts en Transport et en Mobilité : Jean Coldefy directeur du programme Mobilité 3.0 et Denys Allapetite consultant Smart City et Mobility

• un opérateur de Mobilité : David Laine directeur MaaS chez TRANSDEV

• deux Autorités Organisatrices de Mobilités : Christophe Wolf, directeur mobilité et transport à Mulhouse-Alsace Agglomération, Benoit Boute, directeur billettique et marketing à Ile-de-France Mobilité.

• une Start-Up représentée par Julien Honnart, président et fondateur de Klaxit spécialiste du covoiturage domicile-travail.

Avant d’entrer dans le vif du sujet Jean Coldefy a rappelé les objectifs de la politique de la mobilité : assurer l’accessibilité des territoires (emploi, équipements, commerce, habitat) avec trois contraintes : limiter l’espace occupé par la voiture en zones denses, la rareté des financements publics et la qualité de l’air. La mobilité du 21ème siècle doit combiner les enjeux publics et individuels des acteurs en présence :

• les usagers avec les contraintes de temps de parcours, de coût et de confort,

• les fournisseurs de services avec des modèles économiques viables.

• les acteurs publics avec l’accessibilité des territoires et des financements acceptables.

David Laine décrit les exemples de Maas actuellement testés en Norvège (Oslo), en Finlande, en Suède (Göteborg), au Danemark (Aarhus), et en Autriche (Smile Project). De façon générale, le MaaS est un concept de mobilité urbaine multimodale qui propose, via une application unique avec abonnement, un service complet de mobilité d’un point A à un point B avec plusieurs type d’offres de transports : métro, bus, tramway, RER, TER, navette autonome, vélib, autolib, uber, blablacar, taxi, voiture de location, etc.

Le client dispose d’une grande simplification d’utilisation grâce à la réservation, au paiement unique et aux extensions possibles des zones de mobilité. Quant aux autorités organisatrices de mobilité, (AOM), le retour sur investissement sera meilleur car les algorithmes des plateformes de MaaS optimiseront l’utilisation des moyens de transport. Cela sous-entend le partage et la mise à dispositions des données de tous les transporteurs et opérateurs dans le cadre d’open data et de Pass unique s’appuyant sur une billettique performante.


Peut-on envisager un MaaS à la française ?

Le territoire Mulhouse-Alsace Agglomération a relevé avec succès ce défi en créant le : « Compte Mobilité » qui est dans la double mouvance du MaaS et de la Smart City en s’appuyant sur les partenaires techniques Transdev et Cityway. L’enjeu initial était de développer les modes de déplacement alternatifs à la voiture pour réduire les consommations énergétiques, les émissions de gaz à effet de serre et la pollution. Le constat de base était que chaque mode de déplacement utilise, aujourd’hui, ses propres règles, ses propres tarifs et ses propres clés d’accès, ce qui est souvent dissuasif pour les usagers occasionnels. Le « Compte mobilité » permet aux utilisateurs, de voyager librement en utilisant : les transports en commun, le stationnement, les vélos en libre-service, la location de vélos, les voitures en libre-service. Depuis, il rencontre un succès croissant avec 2400 téléchargements de l’application et 800 utilisateurs réguliers.

Les usagers plébiscitent par ordre de priorité l’accessibilité à une multitude de services disponibles sur une seule plateforme, la simplicité d’utilisation, les aspects économiques, flexibilité et l’écologie


Pour la région Ile-de-France Mobilités, un MaaS à la Française est-il envisageable ?


Benoît Boute, responsable marketing et billettique a rappelé le dynamisme de cette région qui a fait rentrer le train dans la ville, en 1971 : le RER A, a créé la Carte Orange en 1975, a introduit le VELIB en 2007 donnant ainsi le coup d’envoi des nouvelles mobilités. En 2015, la région Ile-de-France a transformé le nouveau Pass NAVIGO en un outil favorisant la périmobilité avec un tarif unique pour toute la région

Quant à la voiture dans Paris, rappelons qu’en 1967 la décision avait été prise d’adapter la capitale à la circulation routière avec la création de la voie Georges Pompidou et qu’en 2016 Anne Hidalgo, décida de redonner cette voie aux piétons. La tendance est à moins de voiture dans Paris confirmé en 2016 par Valérie Pécresse par la mise en place d’un programme de mobilité intelligente.

Les travaux de Ile-de-France Mobilités portent actuellement sur « Mobility as a Platform », sans doute préliminaire à MaaS.


Les étapes

• En 2018, mise en place de la plateforme Open Data conformément aux lois Macron/Lemaire, développement de l’application multimodale pour les transports publics, les vélos et le carpooling,

• En 2019 développement de la plateforme régionale multimodale avec information temps réel, planning, réservation, billetterie,

• à partir de 2020 développement du concept MaaS sur la plateforme régionale intégrée avec connexion à Navigo, paiement mobile et nouvelle plateforme de billetterie avec paiement à l’usage (pay as you go), paiement différé (post payement),

Pour chaque table ronde, une start-up est présente. Ainsi, la société KLAXIT, présidée par Julien Honnart, leader français du covoiturage domicile-travail qui permet déjà plus de 350 000 trajets quotidiens par covoiturage dans le cadre d’accords avec des entreprises est venue présenter ses projets. Plus de 180 entreprises dont un tiers d’entreprises du CAC 40 lui ont confié le transport de leur personnel. Il s’agit d’une sorte de transport public porte à porte personnalisé qui est proposé avec un modèle économique gagnant-gagnant pour l’employé transporté, l’entreprise et l’autorité organisatrice de la mobilité. C’est un service original qui pourrait trouver sa place dans le MaaS à la française, à suivre…

Denys Alapetite a eu la lourde tâche de présenter les relations, quelquefois orageuses entre les start-up, les opérateurs de mobilités et les AOM dans le cadre de la mise en place du MaaS. Les technologies sont le plus souvent issues des GAFA ou des start-up. Smartphones et plateforme, paiement mobile, big data et IA sont à la base des nouveaux services de mobilité..


En guise de conclusion

En résumant le débat très riche avec l’assistance cinq axes forts se distinguent :

• La priorité (crise des gilets jaunes) réside dans les déplacements du quotidien et dans les liens périphéries-centres économiques (les agglos),

• La mobilité est un système, il faut agir simultanément sur quatre leviers : infrastructures, services capacitaires, mobilités numériques, financement (tarification),

• le Maas est l’outil permettant de connecter les modes entre eux et doit servir les voyageurs, les opérateurs de services et l’AOM,

• l’AOML sera l’architecte des projets Maas locaux,

• Les modèles économiques sont la clef d’une mobilité intelligente. Le MaaS ne doit pas être un nouveau centre de coût public mais doit permettre de revenir progressivement à une tarification à l’usage. 



Biographie de l'auteur


Gérard Cambillau (1973), Délégué Transport et Mobilité à Télécom ParisTech et à l'Institut Mines Télécom Il a exercé des fonctions de directions à la Direction Recherche Innovation de la SNCF, puis à l'INRETS et à l'IFSTTAR .Ses travaux de recherche portaient sur le traitement du signal, sur l'intelligence artificielle, sur la robotique mobile. Expert PREDIT, ADEME, il est membre du conseil scientifique de l'ATEC ITS et représentant ParisTech au bureau de VEDECOM. Il est l'auteur à la Documentation Française de deux ouvrages "Robotique Mobile et ses Applications" et "images et Vidéodisques".


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