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Revue TELECOM 192 - "Intelligence Artificielle", quès aco ?

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11/04/2019

"INTELLIGENCE ARTIFICIELLE" 

QUÈS ACO ?






Par Luc Julia (1995) dans la revue TELECOM n° 192


Malgré une histoire chaotique et bien que la discipline existe depuis les années 50, l’« Intelligence Artificielle » est revenue en force dans la dernière décennie. Si la capacité de calcul est un facteur important de ce retour, le Big Data, l’énorme volume de données mises à disposition entre autre sur Internet, en est le carburant essentiel de tous les algorithmes d’apprentissages modernes qui la composent. C’est ainsi que pour qu’une machine reconnaisse un chat dans une image avec une précision de plus de 95 %, elle a besoin comme modèles de quelque chose comme 100 000 images de chats. Ça fait beaucoup d’images de chats. Beaucoup plus qu’il n’en faut à un humain pour reconnaître ces mêmes chats. Si on interroge en effet les psychologues, ils nous disent qu’un enfant de deux ans n’aura lui besoin que de deux images de chats pour les reconnaître à vie, dans n’importe quelles circonstances et d’une manière quasi infaillible. Ce constat est la simple preuve que nous, humains, nous nous servons de méthodes radicalement différentes de celles que nous faisons utiliser à ces machines. Alors que c’est sans doute grâce à notre intelligence que nous accomplissons ce genre de tâches, les techniques d’apprentissage automatiques s’apparentent à de la force brute, moins que de l’intelligence, ce n’est que de la reconnaissance. Reconnaissance de notre connaissance. Descartes avait raison, Cogito, ergo sum – Donc la machine n’est pas. Une autre différence fondamentale vient de l’énergie dépensée par un ordinateur. Alors que pendant une partie de go DeepMind mobilisera 440kWh, le cerveau de son adversaire humain n’utilisera que 20Wh tout en étant capable de faire bien d’autres choses que de jouer au Go…

Comme d’intelligence il n’y a point, nous ne devrions donc plus appeler ces techniques « Intelligence Artificielle ». En effet, en plus d’apporter son lot de promesses irréalistes dignes des meilleurs films d’Hollywood, cela permet à quelques charlatans de nous faire croire que les machines pourraient un jour prendre le pouvoir et nous réduire à néant. Mais surtout de nous faire courir le risque, soit par peur, soit par dépit, et juste à cause d’un problème de vocabulaire, d’abandonner toutes les recherches dans ce domaine et de menacer les avancées dans des disciplines telles que le machine learning ou le deep learning qui seraient stoppées en plein élan, alors qu’elles n’en sont qu’à leurs balbutiements et qu’elles apporteront encore beaucoup à l’humanité... 



Biographie de l'auteur


En tant que directeur technique et vice-président principal de l'innovation chez Samsung Électronique, Luc Julia a dirigé la vision et la stratégie de la société pour l'Internet des objets et se concentre maintenant sur la fabrication de ces machines plus intelligentes. Auparavant, Luc dirigeait Siri chez Apple, était technologue en chef chez Hewlett-Packard et a cofondé un certain nombre de start-up dans la Silicon Valley, y compris ORB Networks, où il a inventé le « place shifting ». Luc est diplômé en mathématiques et informatique de l'Université Pierre et Marie Curie à Paris et a obtenu un doctorat en informatique à Télécom ParisTech en 1995.




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