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Revue TELECOM 194 - Collection Historique et Cité, lieux de mémoire des télécoms par Patrice Carré

Articles Revue TELECOM

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12/11/2019

COLLECTION HISTORIQUE ET CITE, LIEUX DE MEMOIRE DES TÉLÉCOMS


Par Patrice Carré dans la revue TELECOM n° 194


Le 11 juillet 1962, à Pleumeur-Bodou et pour la première fois dans l’histoire, via le satellite de télécommunications Telstar, sont diffusées, en direct, dans les foyers français, des images de télévision venues d’outre-Atlantique. La mondovision vient de naître. Et, avec elle, les débuts d’une communication sans frontière ; comme le souligne le Général de Gaulle dans le discours qu’il y prononce le 19 octobre 1962 : « […] Il va de soi que ces rapports, directs, constants, établis entre des continents, grâce à tout ce qui se fait ici, en même temps que cela commence à se faire ailleurs, est pour les rapports entre les hommes, pour leur compréhension réciproque, pour leur amitié, quelque chose qui sera probablement décisif […] » .

Une page est tournée. La transmission de l’information ne sera désormais plus la même… prologue d’une convergence entre télécoms et audiovisuel… une trentaine d’années plus tard.


La Collection Historique des Télécommunications

Dans les années 60, bien que les ingénieurs et techniciens des télécoms aient alors montré tout leur talent et leur savoir-faire, le fonctionnement quotidien du réseau téléphonique national reste dans un état déplorable. L’équipement téléphonique du pays est tout à fait défectueux. C’est le temps de l’impuissance et de la pénurie. Une moitié de la population française attend le téléphone et l’autre… la tonalité.

Ce n’est que dans la seconde moitié des années 70 qu’est lancé un plan de rattrapage qui fera de la France, à l’horizon des années 80, l’un des pays disposant d’un réseau des plus innovants et performants au monde. C’est alors, en 1972, conscient qu’un monde technique allait à jamais disparaître, qu’un groupe de techniciens et d’ingénieurs du CNET (Centre National d’Etudes des Télécommunications) entreprend de créer la Collection historique des télécommunications (C.H.T.) dont le but sera de collecter : « les matériels anciens ou actuels qui caractérisent les différentes étapes du développement des techniques de télécommunication, ainsi que les documentations s’y rapportant ». D’emblée, les missions fixées à la CHT furent non seulement de constituer et de conserver un patrimoine mais plus encore d’œuvrer à sa valorisation.

Depuis sa création à l’orée des années 70, ce sont plus de 10 000 objets techniques, témoins de l’histoire des télécommunications, qui ont été collectés. Il s’agit bien sûr tout d’abord d’une importante collection de terminaux. Outre une belle collection de terminaux télégraphiques dont certains sont particulièrement rares et recherchés, ont ainsi été sauvé de la destruction de nombreux dispositifs de télégraphie électrique accumulés au 19e siècle par l’Administration des lignes télégraphiques : appareils scientifiques ou techniques, fils, câbles, équipements divers, appareils de mesure, etc. La CHT a réuni, également, une collection de téléphones - en partie, désormais exposés dans l’une des salles de la Cité des Télécoms - d’une grande richesse.

En effet, avant la standardisation du matériel téléphonique, en 1924, il existait une multiplicité de modèles. En une vingtaine d’années, on est passé d’une profusion de téléphones dotés de formes, de designs, d’élégances « arts-déco » faites de mélange de matériaux précieux, à une production uniformisée, taylorisée, plastifiée de postes téléphoniques « modernes », fournis tant par les PTT européens que par la grande compagnie privée américaine AT&T. Mais, à côté de cette diversité de terminaux et d’objets - pour certains plus originaux les uns que les autres - la CHT a joué un rôle majeur de conservatoire technique en sauvegardant des installations inhérentes aux réseaux, aux infrastructures : matériel de transmission et matériel de commutation. A l’occasion de ce qu’on a appelé « le rattrapage téléphonique » puis de la constante et nécessaire modernisation du réseau, les équipements se sont renouvelés accélérant, de facto, l’obsolescence de nombre d’entre eux. La CHT s’est donc également développée en sauvant de la casse de nombreux équipements techniques : baies de commutation, éléments de transmission, équipements radio, etc.

Et s’il y a, dans notre pays, un équipement particulièrement représentatif de l’histoire des télécommunications, c’est bien le radôme de Pleumeur-Bodou.


Pleumeur-Bodou, la cité des Télécoms

Si le radôme en tant que tel a cessé toute activité en 1985, il a été décidé – contrairement à ce qui s’est passé aux USA – de ne pas le détruire mais d’en faire un véritable lieu de mémoire et de lui adjoindre un superbe bâtiment destiné à présenter un panorama complet de l’histoire des télécommunications, devenu depuis la Cité des Télécoms, Fondation d’entreprise. Depuis septembre 2000, le radôme de Pleumeur-Bodou est classé monument historique et a reçu le label « patrimoine du XXe siècle ». La Cité, quant à elle, déploie sur une superficie de 3 000 m2 et sur plusieurs niveaux, à la fois une exposition permanente dressant un panorama extrêmement complet du développement des télécommunications et du numérique ainsi que des expositions temporaires (la plupart du temps en association étroite avec de grands centres de culture scientifique et technique, comme la Cité des Sciences de La Villette) comme celle actuellement consacrée à la voix¹ permettant une véritable plongée dans l’univers vocal entre art, sciences et technologies.

Espace à la fois scientifique et pédagogique mais également ludique et accueillant, la Cité des Télécoms construite sur le lieu de naissance des premières transmissions internationales, est le plus grand centre européen dédié à la découverte des télécoms. Or, en accueillant désormais la Collection Historique des Télécommunications elle renforce et consolide sa vocation : rendre accessible au plus grand nombre l’univers des télécommunications dans toute sa diversité.

En effet, le monde des télécommunications (et du numérique aujourd’hui) est en construction permanente. Son histoire est loin d’être figée. Il s’agit, contrairement à d’autres secteurs plus stables, d’une histoire dont les limites se déplacent perpétuellement, une zone mouvante dont l’événement fondateur est, en amont, relativement bien connu, avec la télégraphie aérienne, puis l’électricité et la Révolution Industrielle des années 1830/1840… mais dont l’aval ne cesse de se forger, de se transformer, sous nos yeux.

Nul doute qu’enrichie par l’apport de la CHT, la Cité contribuera encore plus à la diffusion de la culture scientifique et technique et permettra une sensibilisation, notamment des collaborateurs du Groupe Orange, à une histoire riche dont la connaissance est nécessaire à la véritable création d’une culture d’entreprise solide, cohérente et inscrite dans la longue durée. 


A PROPOS DE LA CITÉ DES TÉLÉCOMS

À la découverte d’un monde connecté… Fondation d’entreprise du Groupe Orange, la Cité des télécoms a pour vocation d’ouvrir le monde des télécommunications et du numérique au plus grand nombre. Construite sur le site des premières transmissions internationales, à Pleumeur-Bodou, au coeur de la côte de Granit Rose, en Bretagne dans les Côtes-d’Armor, elle regroupe le Radôme, classé Monument historique et labellisé « Patrimoine du XXe siècle », et un vaste centre d’exposition de 3000 m². Unique, cet ensemble constitue à la fois un lieu vivant de mémoire et une vitrine interactive sur les nouvelles technologies. Véritable outil pédagogique et ludique, la Cité des télécoms s’adresse à tous les publics. Elle est labellisée Tourisme et handicap pour les déficiences motrices, mentales et auditives.


1/ https://www.cite-telecoms.com/blog/expo/la-voix-lexpo-qui-vous-parle/


Biographie de l'auteur

Historien, Patrice Carré est l'auteur de nombreux articles et d'une douzaine de livres sur les relations entre imaginaire, technologie et société dont, avec Alain Beltran, La vie électrique, histoire et imaginaire XVIIIe – XXIe siècle. Il a été directeur des relations institutionnelles chez Orange, chargé de cours à Télécom Paris et au Celsa. Il préside le conseil scientifique du Think Tank Décider Ensemble et collabore aux travaux de la Cité des Télécoms. Outre ses travaux d’historien des réseaux, ses recherches portent également sur l’imaginaire politique du numérique.


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