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Revue TELECOM 194 - Technologies et accès au système de santé Conférence ParisTalks du 4 juin 2019 par Alain Tassy (1982), Co-président de Télécom ParisTech santé

Articles Revue TELECOM

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12/11/2019

TECHNOLOGIES ET ACCÈS AU SYSTÈME DE SANTÉ

Conférence ParisTalks du 4 juin 2019

Par Alain Tassy (1982), Co-président de Télécom ParisTech santé dans la revue TELECOM n° 194

L’accès au système de santé est un droit humain fondamental créé en 1946 par la Charte de l’OMS. En France, il a été renforcé par la loi Kouchner de 2002, avec la notion de prévention. Aujourd’hui le système de santé fait face à l’augmentation des maladies chroniques, au changement de comportement des malades dû à Internet, au manque de médecins dans certaines zones et à la nécessité d’une réforme pour rendre de meilleurs services avec moins de moyens.


Quel impact les technologies digitales auront sur l’accès au système de santé ?

L’accès au système de santé passe par le médecin. En France, leur nombre augmente (+2% en 2018), mais l’activité est en baisse (-10% sur 10 ans). Dans certaines zones, le nombre de médecins généralistes diminue alors que la population augmente ; ainsi 11 000 communes en France seraient considérées en désert médical. De plus, la profession des médecins se féminise (la parité est attendue pour 2020) et les burn outs s’intensifient avec l’isolement, les agressions, les contraintes administratives et la difficulté de se faire remplacer. Aujourd’hui sur 3 000 remplacements seuls 30% sont pourvus.


Comment faire face aux déserts médicaux ?

Il existe plusieurs technologies digitales pour faire face aux déserts médicaux. La plateforme Docndoc s’appuie sur l’attractivité territoriale pour aider à trouver des remplaçants et inciter les postulants à s’installer dans des zones en déficit de médecins. La téléconsultation représente une autre solution. Disponible depuis plusieurs années, elle est désormais prise en charge par la Sécurité Sociale¹ à condition d’être réalisée en vidéo. Cette solution semble idéale, cependant, on constate que la carte des déserts médicaux correspond aux zones non couvertes par le haut débit. Ensuite, cet usage n’est pas encore entré dans les mœurs car il est difficile de trouver des médecins qui souhaitent faire des téléconsultations. Pour que cette technologie améliore l’accès des patients au système de soin, il faudrait une meilleure couverture à haut débit et des changements de comportements au sein du système médical.


De la collecte de données aux objets connectés, comment améliorer l’accès au système de santé ?

Les technologies digitales permettent de collecter des données de santé. En les organisant, celles-ci amélioreront la qualité de l’accès au système de soin. Le dossier médical partagé (DMP) en est un bon exemple, car lors d’une prise en charge aux urgences, grâce au DMP, le corps médical aura immédiatement accès à toutes les informations sur le patient à soigner. Un autre exemple : les maladies chroniques qui sur les 10 années à venir devraient croître de 25%. Aujourd’hui nous savons que seul 10% de ces patients ont accès à une éducation thérapeutique. Si Internet joue un rôle fondamental dans cette éducation, les patients connectés ont, quant à eux, un meilleur accès au suivi de leur pathologie. Ils établissent une nouvelle relation avec leur médecin et, avec une bonne utilisation de ces technologies, cela peut permettre une meilleure prise en charge. La surveillance de l’apnée du sommeil ou la détection précoce des rechutes du cancer du poumon sont des exemples de pathologies où des solutions digitales sont utilisées pour suivre leur évolution.


De l’importance d’une collaboration entre professionnels de santé, patients et industriels pour les objets connectés de santé

Pour que les technologies digitales améliorent de manière optimum le processus thérapeutique, une collaboration entre médecin, patient et développeur doit s’appuyer sur la personnalisation, une relation humaine attentive et un processus d’amélioration continu. On constate qu’il faut :

• Concevoir les objets en fonction du contexte d’utilisation visé

• Sélectionner les bonnes personnes pour expérimenter

• Toujours lier l’outil à l’humain

• Soutenir les premiers utilisateurs et rester à leur écoute

• Oser repenser le dispositif de départ


Comment évolue la relation patient/médecin avec les objets connectés ?

Comme avec Internet, l’utilisation des objets connectés modifie la relation patient/médecin et peut poser un problème de référentiel. En effet, souvent le médecin fixe des objectifs à atteindre avec son propre référentiel. Or, pour le malade, et particulièrement pour les affections de longue durée, le plus important est de vivre le mieux possible avec sa malade. Malgré cela, les améliorations apportées par les objets connectés sont notables. Prenons le cas d’un patient atteint de mucoviscidose, il est équipé d’un objet permettant de détecter très tôt les infections pour permettre une prise en charge plus rapide. À l’usage il s’avère que cet outil a permis au patient d’apprendre comment éviter les infections et au lieu d’augmenter le nombre d’accès au système de santé, il lui a permis de devenir plus autonome et de diminuer les périodes de soins intenses. Donc les objets connectés prolongent les périodes de rémission et donnent la possibilité au malade de participer pleinement au contrôle de sa santé sans recourir au système de santé. D’autre part, l’impact émotionnel n’est pas à négliger, on le constate avec une patiente diabétique de type 1 et insulino-dépendante. Après deux mois d’utilisation d’un capteur de glucose, celle-ci a vu sa vie se transformer. Elle pouvait faire de nouvelles activités qui lui étaient interdites depuis des années. Ainsi les objets connectés responsabilisent le patient, même s’il ne va pas jusqu’à suivre entièrement les recommandations données par son médecin, ils apportent des informations plus objectives et permettent d’augmenter le pouvoir d’agir du patient sur sa maladie.


Accéder au nouveaux traitement grâce au Big Data ?

L’accès au système de santé passe aussi par les nouveaux traitements. Ainsi nous savons que quand un médicament n’est pas encore commercialisé, certains patients peuvent y avoir accès avec les autorisations temporaires d’utilisation (ATU). L’accès et le mode de financement de ces nouveaux traitements pourraient changer avec les technologies digitales et en particulier le Big Data. D’après le laboratoire Roche, ces technologies permettront de définir un processus différent, plus rapide que l’actuel, pour fixer le prix du médicament. Ce système pourrait même être utilisé pour établir un prix variable selon la pathologie et la réaction du patient au traitement.


Quel rôle ces évolutions vont jouer sur les assureurs de santé ?

Historiquement, les assureurs santé n’interviennent pas dans l’accès au système. Nous savons que leur rôle est de prendre en charge, à posteriori un pourcentage des frais d’actes médicaux en fonction du contrat souscrit. Cependant leur marché est bouleversé pour trois raisons : d’abord l’état tend à transférer la charge de la santé vers les mutuelles, ensuite les critères de solvabilité qui leurs sont imposés les poussent à se regrouper ou à disparaître et enfin les accords passés avec l’UNOCAM² engendrent une institutionnalisation et une homogénéisation des contrats. Face à ces défis, les technologies numériques représentent une opportunité, en particulier le Big Data car il améliore l’évaluation du risque. Par ailleurs, la médecine 5P (Prédictive, Préventive, Personnalisée, Participative, Preuve) change la pratique et nécessite un accompagnement sur le long terme avec de nouveaux métiers. Enfin la prévention devient une composante essentielle du nouveau rôle des mutuelles, mais associée au Big Data, elle pourrait devenir un cheval de Troie qui viendrait remettre en cause le droit à l’accès aux soins. En effet la tentation est forte de mettre en place des programmes de préventions obligatoires qui ne seraient pas égalitaires, les personnes bien portantes ayant généralement plus de facilité à suivre ces programmes.

Les technologies digitales, des outils de surveillance bienfaiteurs ?

La loi de modernisation du système de santé de janvier 2016 ouvre la porte à une véritable révolution en proposant de rebâtir tout le système autour du parcours de santé afin de mettre le patient au centre du dispositif pour favoriser la prévention. Encore faut-il que les pratiques évoluent avec une coordination efficace entre professionnels de santé. Mais ces évolutions doivent respecter les principes de droit à l’accès au soin pour tous. L’accès à ce système, qui reposait essentiellement sur le colloque singulier patient/médecin, devient multidimensionnel. Beaucoup d’éléments hétérogènes comme la désertification médicale, les zones blanches en télécommunication ou les lenteurs administratives viennent perturber cet accès et nous ne prétendons pas avoir une vue exhaustive du problème. Les technologies digitales apportent des solutions qualitatives et efficaces mais ce sont les usages que les différents intervenants feront de ces technologies qui permettront la mise en œuvre vertueuse de ces solutions. 

Les présentations sont en ligne sur le site de l’association pour les membres du groupe ou sur Slideshare pour les autres participants.


1/ Avenant n°6 à la Convention Nationale, approuvée par un arrêté du 1er août 2018

2/ L'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire


Biographie de l'auteur

Alain Tassy est docteur ingénieur diplômé de Télécom Paris (1982, 1986) et de l’Exécutive MBA de HEC (91). Alain accompagne les dirigeants d’entreprise et les entrepreneurs dans la mise en place opérationnelle de leurs stratégies d’innovation en particulier dans la transition digitale. Après avoir créé le laboratoire de traitement du signal de Matra Communication, il occupe successivement des postes de direction dans les groupes Alcatel, Vodafone, UUnet MCI-Worldcom. Il est ensuite directeur général de VoIp Télécom et vice-président Opérations de Quescom. Business Angel depuis 2000, il participe à la création et au lancement de plusieurs sociétés, en particulier Virtualtel et la SATT Lutech. Depuis 2010, Alain intervient dans la santé numérique et crée en 2015 le groupe Santé de Télécom Paris alumni.



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