Retour aux actualités
Article suivant Article précédent

Revue TELECOM 195 - Du Manuel de management au MBA, apprendre ne s'arrête pas après le diplôme

Articles Revue TELECOM

-

15/01/2020

DU MANUEL DE MANAGEMENT AU MBA, APPRENDRE NE S'ARRÊTE PAS APRÈS LE DIPLÔME

Interview de Bruno Poisson (1994) par Adrien Morvan (2013) dans la revue TELECOM n° 195

Adrien : Bonjour Bruno, tu es de la promo 1994, actuellement directeur commercial EMEA chez Keysight technologies en charge du segment des opérateurs télécoms. Peux-tu nous raconter ton parcours depuis ton diplôme ?

Bruno : Bonjour Adrien, j’ai commencé à travailler comme ingénieur système chez Altran. Cela m’a permis quelques mois de travailler pour trois clients différents et de me faire rapidement une idée de ce que j’aimais et surtout de ce que je n’aimais pas… Notamment les grands groupes français au sein desquels je ressentais lenteur et pesanteur… Un an plus tard, on commence tout juste à évoquer la déréglementation du secteur des télécommunications fixes et je rejoins ce qui n’était alors qu’un groupe de travail de la SNCF destiné à devenir l’opérateur longue distance de SFR, qui prendra l’étrange nom de « Télécom Développement ». Une expérience incroyable, en l’espace de quatre ans, partant d’une page blanche nous lancions un réseau de télécommunications dernier cri et passions de 10 personnes à 700… Attiré par le marketing et les entreprises internationales, j’ai ensuite rejoint Nokia pour faire du marketing produit et de l’avant-vente, puis Marconi comme responsable commercial. Ensuite, je me suis lancé dans une autre aventure entrepreneuriale passionnante : le lancement de la filiale d’un groupe américain en France offrant des services professionnels aux opérateurs mobiles afin d’améliorer la qualité de service de leurs réseaux. Nous sommes partis d’une page blanche dans un petit bureau de l’avenue de l’Opéra puis avons graduellement convaincu les grands noms du secteur de travailler avec nous. En l’espace de six ans LCC France devenait le leader dans cette niche et générait des revenus récurrents de 10m€ avec une centaine de personnes. C’est certainement l’expérience qui m’a le plus marqué. Gérer une entreprise qui croît très rapidement est une expérience intense et riche à beaucoup d’égards : il faut financer la croissance, mettre en place les systèmes et les processus opérationnels permettant de rester en contrôle, maintenir la qualité, recruter vite et bien, adapter la culture... de la gestion du changement en continu dans tous les domaines !

Adrien : Tu atteins rapidement le poste de manager dans ta carrière. C'est souvent une étape clé. Comment as-tu réalisé cela ?

Bruno : L’un des meilleurs tremplins pour devenir manager lorsque l’on est jeune ingénieur est de piloter des projets et de manager indirectement des équipes pluridisciplinaires. On se retrouve alors sans autorité managériale directe mais avec la responsabilité de mener à bien un projet avec des contraintes fortes de temps et de budget. Cela nécessite de savoir créer du sens, un objectif commun, fédérateur pour emmener tout le monde vers la réalisation du projet. Finalement, c’est ce que doit savoir faire tout manager. C’est donc une très bonne école. Ensuite tout est question d’opportunité. On devient manager lorsque l’on est la meilleure solution pour résoudre un problème auquel est confronté une organisation à un moment donné.

Adrien : Mais tu as aussi traversé l’éclatement de la bulle des télécoms et la crise qui s’en est suivi. Comment cela t'a t'il impacté ?

Bruno : Tout cela a, en effet, été très violent pour tous ceux qui l’ont vécu, le marché s’est arrêté net, début 2001, après des années réelles d’euphorie. Cela a renforcé un principe que j’avais fait mien depuis quelques années déjà : développer un maximum de résilience au travers de ses expériences, en développant des compétences complémentaires pour avoir un maximum de cordes à son arc... Finalement apprendre et développer ses compétences permet de rester libre dans un environnement turbulent. Le risque est sinon d’être prisonnier des événements…

Adrien : Lorsque tu es chez Marconi, tu t’engages en 2005 en parallèle de ton travail dans une aventure de quatre ans : un MBA à distance à la Warwick Business School en Angleterre, comment cela t'a-t-il impacté ?

Bruno : Une expérience incroyable qui m’a également transformé en profondeur. J’avais pris contact avec des alumni de Warwick pour m’assurer que je faisais le bon choix. Je ne voulais pas faire un MBA à la va-vite, et je voulais prendre le temps d’apprendre. On m’avait dit que je serais étonné à la fois par combien j’allais apprendre et par la charge de travail, et ce fut bien le cas ! Évidemment, tout le monde n’y mettait pas la même énergie, mais les bénéfices sont à la mesure de l’investissement personnel de chacun. Cela a complètement changé le regard que je portais sur l’entreprise et le monde des affaires.

Adrien : A partir de cette étape, tu te concentres beaucoup plus sur la partie commerciale et business. Est-ce grâce au MBA ?

Bruno : Non, je crois que j’ai toujours eu l’entrepreneuriat chevillé au corps.

Adrien : En quoi cela t'aide-t-il au quotidien ?

Bruno : Un MBA fournit de nombreux outils qui permettent de mieux analyser les situations et de guider les décisions. Il n’y a aucun outil magique évidemment, mais leur variété permet de poser des regards croisés sur une même problématique et d’obtenir une meilleure qualité de décision.

Cette expérience m’a fait prendre conscience de combien apprendre était essentiel pour moi, combien cela permettait de changer, de grandir, de continuer à se développer. Une belle étincelle, et depuis je ne quitte jamais plus les livres, il y a tant à apprendre, de compétences à développer, de travail à faire sur soi.

Sachez vous laisser influencer

Adrien : Quels ouvrages pourrais-tu conseiller pour ceux qui souhaitent se former ?

Bruno : Quand j’étais à Télécom, je lisais beaucoup d’auteurs classiques du début du 20e. J’ai lu un texte d’André Gide qui m’a beaucoup marqué. Gide y faisait l’apologie de l’influence¹. Notre culture a tendance à nous laisser croire qu’il ne faut pas se laisser influencer. C’est absurde. Gide au contraire insiste sur le fait qu’influence est transformation. Cela m’a ouvert les yeux. Il faut savoir se laisser influencer par des rencontres, par des regards différents pour s’ouvrir et grandir.

Et finalement un beau livre est une rencontre qui transforme. On oublie souvent que les « soft-skills » sont centraux et essentiels au bon fonctionnement des entreprises, au-delà des compétences. Les développer est essentiel … Voici quelques ouvrages qui permettent d’avancer :

• Sur l’entreprise et le management je conseille le livre de Frédéric Laloux « Reinventing Organizations », un livre qui ouvre les portes sur une grande variété d’expériences managériales innovantes et sur de nombreux autres ouvrages ;

• Pour remettre en question ses habitudes et travailler sur soi « 7 habits of highly effective people » de Stephen Covey ; pour mieux s’organiser « Getting things done » de David Allen, Indispensable dans un monde où l’on doit gérer de multiples projets en parallèle, tout en étant interrompu sans arrêt… Sans une approche systématique cela tient de l’impossible…

• Sur la gestion du changement le classique « Leading Change » de Kotter ;

• En psychologie :

- Sur les biais cognitifs : « Thinking Fast and Slow » de Daniel Kahneman et aussi « Predictibly Irrational » de Dan Ariely.

- Sur l’état d’esprit et l’attitude, pour mieux se lire et lire les autres : « Mindset » de Carole Dweck ;

• Sur la méditation, pour mieux se connaître : « Search Inside Yourself » de Chade-Meng Tan un ingénieur de Google, étonnant ;

• En philosophie, sur la vision du monde : « A brief history of everything » de Kim Wilber, le livre qui a inspiré Frédéric Laloux et qui permet d’en apprendre autant sur le monde que sur soi ;

• Et à la frontière de la philosophie et des probabilités les ouvrages de Nassim Nicholas Taleb en commençant par « the Black Swann » et « Anti-Fragile ».

Adrien : Merci beaucoup, Bruno, d’avoir partagé ton expérience. Si je comprends bien, si tu as un message, c’est de toujours continuer à apprendre, sans relâche ?

Bruno : Oui sans aucun doute. On croit avoir terminé ses études en quittant l’école, mais ce n’est que le début d’un beau chemin ! 


1/ Prétextes, André Gide, « de l’influence en littérature » pp. 9-21, Mercure de France


Biographie de l'auteur


Bruno Poisson, ingénieur Télécom Paris et MBA Warwick est directeur commercial chez Keysight Technologies en charge du segment des opérateurs télécoms. Il travaille au déploiement de la 5G avec les nombreux clients de Keysight Tec




15 vues Visites

J'aime

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Articles Revue TELECOM

Editorial revue TELECOM #199

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

30 décembre

Articles Revue TELECOM

Editorial LE NUMERIQUE dans le secteur de l'AÉROSPATIAL #199

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

30 décembre

Articles Revue TELECOM

Cœur numérique de nos avions : de nouveaux défis # 199

photo de profil d'un membre

Rédaction Revue TELECOM

30 décembre