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30 décembre 2020

Les leviers non dilutifs d'aide à l'innovation des entreprises de croissance

Les aides publiques sont des outils souverains et défensifs dans un contexte de concurrence internationale exacerbée. Sur fond de crise, de croissance faible, d’inflation stable, les aides d’état sont des moteurs de la croissance et du renouvellement de l’économie.



Schéma des principaux dispositifs de financement en FR.

Comment fonctionne la jungle du financement et comment les entreprises de croissance peuvent-elles tirer leur épingle du jeu ?

Pour commencer, il est important de préciser que les aides publiques ne sont pas automatiques bien au contraire. Celles-ci répondent à des exigences légales dont le sous-jacent est lié à l’économie de marché et les règles de concurrence pure et parfaite de l’Union Européenne. Sans ce cadre, l’intervention publique pourrait être identifiée et assimilée à des pratiques interventionnistes ou du dumping économique.

Pour justifier de leurs interventions, les acteurs publics négocient ce que l’on appelle des « régimes notifiés ». Le but est de justifier de l’enjeu d’une intervention sur un marché qui est considéré comme défaillant. En France, nous considérons que la rencontre de l’offre et de la demande de capitaux privés (fonds propres) ne s’équilibre pas sur tout le continuum de la vie d’une entreprise. Ainsi, l’Union Européenne autorise l’intervention publique pour inciter les investisseurs privés à prendre plus de risque sur des projets entrepreneuriaux.

Dans le cadre de la création d’entreprise innovante, il existe deux grandes incertitudes : la faisabilité technique de l’actif et la capacité de l’entrepreneur à conquérir des parts de marché suffisantes pour atteindre la pérennité économique.

La question de la faisabilité technique dépend de l’économie de la connaissance. Ce concept apparu dans les années 90 cadre la compétition mondiale que se font les États entre eux sur le plan de la recherche publique. Celle-ci se mesure à la capacité des laboratoires à décaler l’état de l’art, c’est-à-dire à cartographier des connaissances nouvelles. Sur ce sujet, le Crédit Impôt Recherche (CIR) et le statut Jeune Entreprise Innovante (JEI) sont des aides fiscales qui visent à inciter les acteurs privés à entrer dans cette course. Le statut JEI est particulièrement utile en phase de création d’entreprise car il allège considérablement les coûts fixes d’une équipe internalisée de R&D.

Grâce à ces deux solutions, l’investissement en R&D devient moins cher à réaliser. Pour un montant égal les entreprises peuvent recruter plus de personnel technique, collaborer avec des laboratoires plus facilement ce qui leur permet d’augmenter la vitesse d’exécution de leurs projets et la valeur de leur entreprise.

Les aides à l’innovation répondent à une logique différente. Lever le risque de la connaissance permet d’aboutir à des inventions. C’est la rencontre de cette offre technique nouvelle avec la demande et l’acte d’achat qui rend l’invention innovante.

La mise sur le marché est très coûteuse en capitaux et les entreprises techniques n’ont bien souvent plus de disponibilités à investir pour réaliser ces investissements. C’est cette phase que l’on appelle la « vallée de la mort ». Les entreprises disposent d’un avantage concurrentiel mais n’ont plus assez de fonds pour le faire savoir et convaincre leurs prospects.

C’est en décembre 2012 que naît BPI France issue du regroupement d’Oséo, de CDC Entreprises et des structures du FSI. L’idée politique sous-jacente est de « soutenir les innovations d’organisation et de procédé des entreprises, mais aussi la création, la faisabilité et le prototypage, en vue de l’industrialisation et la mise sur le marché de nouveaux produits et services ».

Cet opérateur est aujourd’hui un acteur majeur qui est en passe de devenir une porte d’entrée centralisée pour toutes les aides publiques.

Celles-ci prennent des formes diverses : subventions, avances remboursables, prêts bonifiés et garanties de prêt bancaires. Si l’Union Européenne autorise ces interventions, elle impose toutefois un co-investissement avec des capitaux privés. C’est ainsi que se met en place une logique de levier sur les fonds propres qu’ils soient fraîchement levés ou capitalisés au report à nouveau du bilan comptable de l’exercice clôturé.

Historiquement, l’intervention publique était à l’initiative et incitait les acteurs privés à innover. Aujourd’hui, l’écosystème et les structures d’investissement sont plus matures et ont une taille critique. Les phases de création sont mieux financées et la concurrence devient exacerbée pour financer les bons projets. Pour autant, nous sommes loin de l’euphorie de la bulle Internet de 2000.

La valorisation des entreprises respecte des fondamentaux économiques. Les investisseurs attachent une importance particulière à la rentabilité des modèles économiques. Cela se matérialise par une vision centralisée sur les flux d’exploitation et par un retraitement des investissements ce qui rend les entreprises analytiquement rentables.

Nous constatons aussi que la majeure partie des entreprises de croissance négligent de se tourner vers leurs partenaires bancaires ou de les mettre en concurrence. Pourtant, avec la baisse des taux d’intérêt directeur et un contexte où l’inflation est maîtrisée, les banques deviennent de plus en plus un acteur incontournable du financement de la compétitivité. La dette bancaire est devenue un produit d’appel pour faire de la batonite, méthode qui consiste à attribuer un client à un conseiller et à compter les produits vendus.

Toutefois, cette dette faite aux entreprises innovantes est systématiquement adossée à des systèmes de garanties publiques et/ou de l’Union Européenne via le Fond Européen de l’Innovation (FEI). Cela permet aux acteurs bancaires de se positionner sur des structures en croissance forte et dont le recul sur leur solvabilité n’est pas suffisant.

La pression du remboursement des emprunts est assumée par les investisseurs lors des tours consécutifs de financement. Ainsi, l’ensemble de ces dispositifs permet de faire gagner jusqu’à 12 ou 24 mois de visibilité en trésorerie via différents leviers non dilutifs de financement.


À RETENIR

  • Les aides à l’innovation prennent la forme de subvention, de dette bonifiée, de garantie bancaire et d’avantages fiscaux.
  • Elles doivent être incitatives, corrélées à des investissements éligibles et ne sont pas automatiques.
  • Le montant des aides est décidé en fonction des fonds propres. L’intervention publique est un levier aux levées de fonds des entreprises de croissance
  • L’effet bonifié en trésorerie associé à un amortissement patient font que les aides publiques sont bien souvent des avances sur les futures levées de fonds.

Baptiste HAMEL
est cofondateur de iii – Financements.
Ex-Chargé d’affaires chez BPI France ou il était chargé du financement des entreprises de croissance sur le secteur de la ville de Paris.
Il est diplômé de l’Université de Cergy Pontoise en Études Européennes et Affaires Internationales.

baptiste.hamel@gmail.com

Auteur

Baptiste Hamel

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