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15 janvier 2020

Comment Hiboo exploite l'intelligence des réseaux

COMMENT HIBOO EXPLOITE L'INTELLIGENCE DES RESEAUX

L’Internet des objets (IoT) promettait de révolutionner nos vies et celle des industriels en faisant parler tous les objets imaginables. L’arrivée de Sigfox (2009) et la création de l’Alliance LoRa (2015), avec des protocoles de communication dits basse fréquence, ouvraient la porte à une communication peu énergivore, pendant plusieurs années et à bas coûts. Pourtant, les fabricants de matériels continuaient à utiliser les réseaux GSM pour faire communiquer leurs machines partout dans le monde. Aujourd’hui, les industriels ont-ils pris le virage de l’IoT ? Et comment et à quelles fins exploitent-ils les millions de données recueillies ?

Plongée au cœur de l’univers de la construction, un secteur sous-digitalisé et dont le grand gagnant deviendra celui qui tirera de profit de cette révolution… déjà en marche.

Un marché à conquérir

Les 20 plus grosses entreprises françaises représentent 75 % du chiffre d’affaires national du secteur, affichent chaque année des revenus importants et sont comme toute entreprise à la recherche de solutions pour améliorer leur marge opérationnelle.

Pour les entreprises de la construction, qui exploitent des dizaines de milliers de matériels mobiles, le meilleur moyen d’améliorer leur marge est de mieux piloter leur parc. Pourtant, aujourd’hui encore, les métiers historiques de la gestion de parcs sont, pour la plupart, entièrement manuels et non automatisés, ni automatisables :

• Les inventaires sont effectués de manière périodique, pendant plusieurs semaines, via une forte mobilisation des équipes du dépôt matériel.

• La facturation des chantiers est réalisée au moyen de bordereaux papiers qu’il faut collecter, déchiffrer et consolider pour avoir une vision des entrées et sorties sur la période considérée.

• La gestion de la maintenance se contente d’être préventive, avec une GMAO (solution de Gestion de Maintenance Assistée par Ordinateur) souvent performante, mais dont les données d’entrée sont dispersées dans les milliers d’appels téléphoniques, les cahiers de maintenance non digitalisés et les procédures papier.

• Estimer la consommation mensuelle de carburant de milliers d’engins de chantier relève de la gageure, même si c’est paradoxalement sur ce dernier point que les enjeux sont les plus évidents. L'exécutif ayant mis en sursis le GNR (Gazole Non Routier), le prix des factures de fuel augmentera mécaniquement de près de 45 % d’ici quelques mois. La Fédération nationale des travaux publics (FNTP) estime ainsi que le surcoût direct pour les seuls Travaux Publics pourrait s’élever à 500 millions d’euros (700 millions en prenant en compte les coûts indirects¹).

Dans ce contexte, comment être plus compétitif en s’appuyant sur les nouvelles technologies ? Les réseaux peuvent-ils aider à récupérer quelques points de marge ? Quel est le niveau de maturité dans cet univers ?

Une stratégie claire

Créée en 2017 pour aider les industriels à mieux piloter leurs opérations, en s’appuyant sur les données du terrain, Hiboo a pénétré l’univers de la construction en permettant, grâce à un module Sigfox conçu en interne et disposant d’une autonomie de plusieurs années, de piloter les activités des matériels inertes et sans énergie : bennes, remorques, consoles de sécurité, pièces de grues, etc. Plusieurs mois de R&D ont permis aux équipes techniques de comprendre les limites des réseaux basse fréquence et breveter une innovation permettant de garantir que les messages ne seront pas “perdus”, même en l’absence locale de réseau. Dès lors, Hiboo a commencé à approcher les grands noms de la construction, au travers des responsables de filiales et des directeurs matériels.

Mais très vite, l’optimisation de la gestion des actifs inertes a été reléguée au second plan au profit d’un nouveau besoin : la récupération des données déjà disponibles. En effet, depuis les années 2010, les constructeurs d’engins de chantier (Caterpillar, Volvo, Liebherr, etc.) mettent sur le marché des machines déjà connectées et dont les données des multiples capteurs embarqués sont envoyées sur les réseaux haut débit 3G/4G depuis n’importe quel point - couvert par le réseau - du globe.

Pour autant, malgré leur richesse et leur pertinence, ces données demeuraient jusqu’alors inexploitées car il est impossible, d’un point de vue opérationnel, de les consulter sur les plateformes propriétaires de chacune des marques : au total, plus d’une vingtaine de plateformes co-existent ! En se rapprochant des constructeurs, Hiboo a compris qu’il était possible, avec l’accord des exploitants, de récolter les données émises par les machines au travers des API (Interface Applicative de Programmation) mises à disposition. De nouveaux challenges techniques sont alors apparus : comment ces données sont-elles standardisées ? Sont-elles exploitables en l’état ? Est-il possible de les agréger sous forme de métriques exploitables ?

Des challenges nouveaux

Un travail important a été nécessaire pour comprendre comment formater, nettoyer, et restituer les six données clés émises par les engins : points GPS, taux de ralenti, consommation, horamètre, odomètre et enfin code erreurs. Aujourd’hui encore, il faut continuer de rédiger les algorithmes permettant d’isoler les données incohérentes, re-traiter les formats de données (unité anglo-saxonne versus format universel) et standardiser ce qui peut l’être.

Très tôt consciente des enjeux et soucieuse de garantir une uniformisation des règles d’émission de données, l’Association des Professionnels de la Gestion des Matériels (AEMP) avait introduit les premières règles de régulation dès 2010. Aujourd’hui, de nouvelles normes de standardisation (AEMP 2.0) sont attendues et vont permettre de fluidifier les informations afin de rendre ces données encore plus digestes. La multiplicité des sources de données et leur hétérogénéité poussent désormais les exploitants de matériels à se rapprocher des acteurs ayant cette capacité d’agréger et de rendre exploitables les données du terrain. Et Hiboo est au premier rang de ces acteurs.

L’agrégation n’est d’ailleurs que la première brique technologique – certes indispensable - de ce nouveau besoin. En fait, la clé est l’intelligence développée pour formater sous un même standard ces différentes sources et les traduire en données métiers exploitables. Avant la dernière étape de la chaîne de valeur : savoir pousser la bonne donnée à l’opérationnel pour l’aider à prendre la bonne décision, qui optimisera ses opérations.

Extrait du tableau de bord consommation et taux de ralenti Hiboo©

Fort de ce constat, Hiboo est capable de proposer aujourd’hui une agrégation “agnostique” de n’importe quelle source de donnée, tout en offrant la possibilité à ses clients, de consommer les données digérées sur une plateforme Web de pilotage ou au travers d’une API standardisée.

Des perspectives prometteuses

Le nombre d’engins connectés va connaître une croissance exponentielle dans les prochaines années. Et l’Europe est le troisième marché mondial des engins de construction, avec plus de 130 000 unités vendues en 2018 et un parc installé de 400 000 engins déjà connectés². En 2021, le nombre d’engins communicants dans le monde est estimé à 4,6 millions d’unités… et près de 7 millions en 2025³.

D’ici là, la connectivité va gagner les matériels moins onéreux, pour lesquels les retours sur investissement ne sont pas pertinents aujourd’hui. NB-IoT, LTE-M, 5G devront faire leurs preuves pour se départager et conquérir le marché face aux leaders historiques Sigfox et LoRA… qui ont déjà démarré leur offensive en proposant des modules à un dollar.

De leur côté, les constructeurs d’engins ont compris qu’il était de leur intérêt de proposer toujours plus de données, même si ces dernières ne sont pas consommées sur leurs propres plateformes. De nouveaux business models se mettent en place, où le forfait “data” des machines devient aussi stratégique que l’extension de la garantie... Reste à convaincre les acteurs du secteur d’y allouer un budget.

Hiboo, pour sa part, accélère ses développements techniques pour proposer à ses clients des modèles de maintenance prédictive, en couplant les données issues des engins connectés avec celles de la GMAO. Le graal pour ses clients : pouvoir prédire si une machine tombera en panne avant de l’envoyer sur un chantier pendant plusieurs mois.

Un avenir radieux ?

Quel est l’avenir de l’IoT dans l’univers de la construction ? Est-il légitime d’imaginer 100 % des matériels connectés ? Si oui, les acteurs sauront-ils tirer profit efficacement de ces millions de données générées tous les jours ? Ou à l’inverse, faut-il privilégier l’exploitation des données déjà présentes avant de chercher à en créer de nouvelles….

Force est de constater qu’aujourd’hui, la technologie évolue plus vite que la capacité du secteur à les assimiler. Une chose est sûre : la valeur de ces données reste sous-estimée au regard des économies substantielles qu’elles peuvent permettre. Le point d’équilibre est loin d’être atteint et le terrain de jeu est formidable.

1/Source le Moniteur : https://www.lemoniteur.fr/article/gazole-non-routier-la-suppression-de-l-avantage-fiscal-provisoirement-suspendu.2008479
2/ Source : https://internetofbusiness.com/construction-equipment-telematics-set-rise-building-sites-says-berg-insight/
3/ Source :
https://www.counterpointresearch.com/6-8-million-connected-heavy-construction-machines-shipped-till-2025/


A propos de Hiboo

La société Hiboo a été créée en 2017 par Clément Bénard, Charles Bénard et François Jacob.

Après une levée de fonds (Business Angels) de 600k€ en 2018, un hébergement au sein de l’incubateur Télécom Paris Novation Center et une accélération par SAP fin 2019, Hiboo travaille aujourd’hui avec les grands acteurs de la construction (Vinci, Bouygues, Colas, NGE...) mais également de l’industrie et des services (Orano, Air France Cargo, Engie…).

 

Biographie de l'auteur


François Jacob
a travaillé quatre années dans l’industrie en tant que contrôleur financier chez Technip, puis Areva­ avant d’intégrer une société de conseil spécialisée en stratégie et organisation où il a été manager pendant trois ans au sein de la Société Générale. Il assure aujourd'hui le rôle de DAF (financement, BPI, subvention, prêt, ...) ainsi que le développement de l'écosystème hardware.

Auteur

François Jacob

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