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24 avril 2022

Éditorial

La question de l'humain réparé et augmenté suscite de nombreux rêves depuis plusieurs années tout en posant des problèmes éthiques épineux. Sans s'aventurer sur le terrain du transhumanisme, nous proposons dans ce numéro de nous focaliser sur plusieurs exemples de ce qui peut être apporté à l'être humain, dès aujourd'hui et dans les années à venir, dans les domaines de la santé et du handicap, en laissant de côté d'autres champs d'usages également prometteurs comme l'assistance aux travaux pénibles (voir le dernier article) ou la commande de machines et d'ordinateurs par la pensée.


Les progrès concernant l'humain réparé sont constants en médecine. Les techniques médicales combinées aux biotechnologies connaissent déjà et vont continuer à connaître des innovations radicales concernant par exemple la médecine régénérative avec la thérapie cellulaire, la thérapie optogénétique (permettant de recouvrer partiellement la vue pour un aveugle), ou encore la xénotransplantation (greffes d'organes d'animaux sur l'homme avec une première mondiale récente concernant la greffe d'un coeur de porc sur un patient humain).

Les technologies robotiques, électroniques et numériques jouent un rôle crucial pour venir soutenir certaines de ces innovations médicales souvent en lien avec la réparation d'un handicap : impression 3D d'organes ou de tissus humains, usage de nanotechnologies pour la vision, main artificielle connectée au cerveau et commandée par la pensée, interfaces neuronales, organes artificiels (coeur, pancréas, etc.), prothèses intelligentes, exosquelettes pour les personnes hémiplégiques ou amputées, implant dans la colonne vertébrale permettant à une personne paralysée de remarcher, etc. Les exemples sont nombreux dans ce domaine et c'est d'ailleurs l'objet de la plupart des articles qui suivent d'en aborder plusieurs de ces aspects à des stades variés d'avancement : recherche, innovation ou déjà en usage en « vraie vie ».

À noter que les technologies en question voient en parallèle bien d'autres usages dérivés dans le monde de la santé hors le sujet de l'humain réparé. C'est par exemple le cas de l'impression 3D qui peut aussi servir à fabriquer des objets et dispositifs médicaux divers au service des soins (voir l'article des HCL).

En allant plus loin, à la faveur de la réparation d'un handicap ou d'un organe, les nouvelles technologies pourraient en même temps s'aventurer sur le terrain de l'humain augmenté. En effet, rien n'interdit pour les technologies d'aller plus loin que simplement pallier une carence/impotence fonctionnelle et ainsi augmenter des fonctions humaines (plus de force, meilleure vision, etc.), ceci de facto pouvant poser des questions éthiques complexes. C'est par exemple le cas de récentes avancées de chercheurs chinois travaillant sur un utérus artificiel géré par IA.

Par ailleurs, les nouvelles technologies se développent également au service de l'humain augmenté pour des applications dans le domaine du service, de l'industrie ou du militaire avec notamment les exosquelettes. Nous ne mentionnons cette dimension dans ce dossier qu'au travers du dernier article.

Enfin, l'usage des nouvelles technologies devra bien sûr trouver son modèle économique concernant l'humain réparé et augmenté. Ce modèle sera probablement aisé à identifier pour les applications dans l'industrie ou les services, mais, dans le domaine de la santé, il conviendra de veiller à ce que les usages ne deviennent un luxe réservé à quelques-uns. C'est ainsi que dans la santé, au cas par cas, il faudra mettre en avant les coûts additionnels engendrés au regard des économies réalisées tout au long de la vie du point de vue de la collectivité pour que des prises en charge nouvelles puissent se constituer.

En tout état de cause, nous ne sommes qu'au début d'une révolution qui ouvrira très certainement de nombreuses perspectives encore insoupçonnées aujourd'hui.


Michel BARTH
Polytechnicien, diplômé de Télécom Paris, est président et cofondateur d'ENoving. Expert en stratégie, innovation et conduite du changement, Michel accompagne les entreprises dans leurs projets d'innovation en lien avec de nouveaux modèles d'affaires. Il intervient également dans de nombreuses écoles. Il est notamment expert auprès d'EIT Health et co-anime le groupe X Santé Biotech.


Daniel LEGENDRE
Médecin diplômé de la Faculté de Médecine Paris VI, Ph.D Public Healthcare HSM Boston, est senior medical advisor auprès d'ENoving. Daniel a été membre de la Mission Parlementaire Télésanté du député Pierre Lasbordes. Il pratique l'informatique de santé et la Télémédecine depuis plus de trois décennies.

Auteurs

Consultant en stratégie, innovation, transformation et digital avec une focalisation sur la santé et le médico-social. Voir l'autre publication de l'auteur
Daniel LEGENDRE

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