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01 avril 2020

Limiter notre dépendance au numérique par la maîtrise du calendrier

Demandez une multiplication à deux chiffres à votre adolescent, il vous brandira sa calculatrice, même pour une opération aussi triviale que 12 fois 31. Ceux qui, comme moi, n’ont pas eu de calculatrice dans leur berceau, auront trouvé le résultat alors que votre ado n’a pas encore ouvert la housse de sa Casio.


Les insuffisances de nos calendriers

Le calcul mental a perdu de son prestige depuis que nos prothèses numériques permettent de pallier nos faiblesses et notre paresse. Pourtant, certaines opérations restent profondément ancrées dans notre quotidien. Si nous sommes lundi 13 du mois et que je vous propose un rendez-vous lundi dans deux semaines, il ne vous faut pas plus de deux secondes pour vous rendre compte qu’il s’agit du 27. Et si nous cherchons le jeudi de la prochaine semaine, nous trouverons le 23 sans calculatrice. Nous avons pour cela utilisé les propriétés des congruences modulo 7, une théorie certes moins populaire que celle de la multiplication, mais que nous sommes nombreux à maîtriser comme la prose de M. Jourdain. Nous serions bien en peine d’expliquer comment utiliser les quatre opérations de base pour faire de tels calculs, et c’est normal parce que ces calculs utilisent essentiellement les restes de divisions entières, que nos calculatrices ne gèrent pas.

Ces petits exercices restent toutefois limités aux calculs de jours de semaine dans le même mois. Faut- il anticiper les jours de semaine dans plusieurs mois ? Nous sauterons sur l’agenda de notre portable. Faut-il trouver la date de Pâques ou le nouvel an chinois de l’année prochaine ? Là il nous faut consulter un site spécialisé. Faut-il estimer la durée du jour à une date donnée ? Sus aux éphémérides des observatoires astronomiques. Alors que même les enfants d’aujourd’hui apprennent encore leurs tables de multiplication, personne n’apprend à maîtriser l’usage de notre calendrier.

Il est vrai que le calendrier grégorien, descendant direct du calendrier julien promulgué par l’imperator Jules César en 45 avant J.-C., est fort incommode pour les calculs simples, en raison de ses mois aux longueurs irrégulièrement réparties. Par ailleurs, ce calendrier, pourtant conçu pour rester synchronisé avec le cycle des saisons, est le seul calendrier solaire dans lequel les solstices et équinoxes tombent loin des débuts de mois. Les avantages immédiats d’un calendrier solaire sont ainsi perdus. Personne ne sait estimer la durée de jour, tout juste sait-on que le jour et la nuit ont la même durée à l’équinoxe. À part les astronomes, personne ne sait indiquer les saisons les plus courtes et les plus longues, même s’il est vrai qu’elles ne diffèrent que de quelques jours.

Ces faiblesses du calendrier n’ont d’autres causes qu’historiques, religieuses et politiques. Étrangement, les tentatives récentes de réforme n’ont pas tenté de réaligner les mois, sauf l’expérience sans lendemain du calendrier révolutionnaire français. Cette tentative a achoppé non pas tant sur les mois, mais sur la volonté de remplacer la semaine de sept jours par la décade, ce qui rendait impraticables les relations économiques entre pays voisins. Les autres tentatives de réforme, qui proposaient d’ajouter un jour « hors semaine », ont achoppé sur le même obstacle : il n’est pas possible de casser artificiellement le rythme de la semaine de sept jours, que le monde entier a adopté.

Les avantages du calendrier milésien

Malgré ces échecs de réforme, un calendrier nouveau a tout récemment émergé sans bruit dans le cadre de la normalisation internationale : le calendrier en semaines défini de facto par la norme ISO 8601. La norme stipule la manière de numéroter les semaines de l’année. Ceci détermine un calendrier dans lequel l’année est divisée en 52 ou parfois 53 semaines, désignées par leurs numéros. Tous nos almanachs, tous nos calendriers numériques connaissent ce calendrier.

La proposition du calendrier milésien, déjà évoquée dans la revue TELECOM, fait sourire aussi longtemps qu’on la considère comme un projet de réforme. Les expériences brûlantes des réformes passées induisent à conclure que cette proposition passera aux oubliettes de l’histoire comme les précédentes. Mais il faut prendre cette proposition avant tout comme un moyen de reconquête de la maîtrise du temps. À l’aide du calendrier milésien, les laborieuses tentatives de calcul de date de semaine, et même de phase de lune et de Pâques, deviennent facile à comprendre et à reconstituer. On comprend alors comment adapter des principes de calcul simples aux anomalies du calendrier grégorien. Et l’on retrouve ainsi la maîtrise du temps.

Comme l’indique le schéma, le calendrier milésien découpe l’année en douze mois alternativement de 30 et 31 jours. Le 366e jour des années longues est le 31e jour du dernier mois. L’année commence au solstice d’hiver, soit le 21 ou parfois le 22 décembre. 

   

Les reconquêtes de la maîtrise du temps

1ère reconquête

La durée du jour. Celle-ci s’estime de mois en mois, avec la méthode des douzièmes que connaissent bien les marins pour estimer les hauteurs d’eau au cours d’une marée. À nos latitudes, le douzième de la différence de durée des jours est de 40 min (la différence totale est de 8 heures environ). Cette méthode d’estimation n’est possible aisément que dans le référentiel des mois milésiens, ou alors avec les mois d’un autre calendrier solaire comme le calendrier persan ou le calendrier indien moderne. 

2ème reconquête           

Le jour de la semaine. Les astronomes de l’Église avaient conçu un système d’utilisation complexe, fondé sur la « lettre dominicale ». À la fin du 19e siècle, des mathématiciens Christian Zeller et Lewis Caroll ont défini des méthodes numériques fondées sur les congruences pour calculer le jour de la semaine de n’importe quelle date. C’est à la suite d’un défi que John Horton Conway a défini sa méthode des jours pivots en 1973. Et une simplification drastique de calcul a été publiée en 2011 par Chamberlain Fong et Michael Walkers, mathématiciens dans l’industrie. Le calendrier milésien rend immédiatement visible le fondement de la méthode des jours pivots : deux mois milésiens font toujours 61 jours, or 61 + 2 est un multiple de 7. Les dates espacées de 63 jours sont faciles à retenir. La seule complexité de la méthode des jours pivots consiste à contourner les irrégularités des mois grégoriens.         

Une extension récente de cette reconquête de la semaine est la conversion de numéro de semaine ISO en date et réciproquement, opération que ne maîtrise aucun chef de projet.

3ème reconquête           

La phase de lune. Certes ce n’est réellement utile qu’à ceux qui ne veulent pas anticiper les marées. Cette reconquête passe par celle de la recherche du reste de la division par 19, facile pour ceux qui comptent en base 20 comme nos ancêtres les Gaulois, et aussi par la multiplication par 11. Elle passe aussi par le constat qu’à l’échelle d’une année, on peut dire que deux lunes font 59 jours, soit 2 mois moins 2 jours.            

Ces méthodes de calcul, guère plus ardues que les tables de multiplication, donnent une véritable capacité à apprécier la position d’une date dans l’année tropique. Elles permettent également de mieux comprendre les faits climatiques, comme les dépassements de records de température, où les occurrences d’événements météorologiques. Alors que la tendance naturelle consisterait à s’appuyer sur nos prothèses numériques, il semble qu’au contraire une meilleure maîtrise du temps permet de mieux exploiter et d’utiliser à meilleur escient les données toujours plus nombreuses dont nous disposons désormais. Une voie pour limiter notre dépendance, mais aussi notre empreinte numérique. 


Louis-Aimé de Fouquières          

Louis-Aimé commence sa carrière comme ingénieur en systèmes de communication mobile, puis devient consultant en organisation auprès des administrations et des établissements publics. Parallèlement, il assure successivement plusieurs fonctions au sein du conseil puis du bureau de Télécom Paris alumni, jusqu’en 2016. Tout en développant, autour du calendrier milésien, de nouveaux outils de maîtrise du temps, il continue de participer au comité de rédaction de la revue TELECOM.            

@louisdefouquier
louis-aime@calendriermilesien.org
www.calendriermilesien.org

 

Auteur

Médiateur scientifique, ancien professeur de physique chimie et ancien consultant en management et en systèmes d'information

Après une expérience de trente ans de conseil en gestion et systèmes d'information, j'ai décidé d'animer ma retraite en prenant un poste vacant de professeur de physique et chimie en lycée. Ayant désormais atteint l'âge limite pour un emploi public, j'effectue quelques missions de médiation scientifique.

Comme détaillé dans mon ouvrage l'Heure milésienne, paru en janvier 2017, je m'intéresse également à la compréhension et à la maîtrise du cycle des saisons, et propose le calendrier milésien comme référence des analyses climatiques, scientifiques, historiques liées au cycles des saisons, en variante à notre calendrier grégorien.

Français, anglais, allemand. Voir les 3 Voir les autres publications de l’auteur(trice)

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